La Grèce au 19ème siècle

dimanche 4 janvier 2009
par jean-paul kirkbride

LA GRECE AU XIXème SIECLE PRELIMINAIRES

L’affranchissement de la Grèce ouvre, au XIXème siècle, la question d’Orient et aussi l’ère des émancipations nationales. Intéressante à ce double titre, cette histoire l’est encore par les grands souvenirs qu’évoque le nom de Grèce, et les sentiments de sympathie qu’elle a suscités chez tous les peuples civilisés. Le philhellénisme a délivré la Grèce et fait honneur à l’Europe.

La Grèce, au commencement du XIXème siècle, est sous la domination des Turcs (sauf les îles, à peu près indépendantes). L’administration turque est là, comme ailleurs, avide et indolente ; au-dessous d’elle, les chefs des principales familles grecques, les primats, investis de charges héréditaires, rançonnent pour le Turc et pour eux-mêmes. Les paysans, vil troupeau (raïas), accablés par la capitation, décimés par les enlèvements d’enfants (pour recruter les janissaires), sont plongés dans la misère et revenus depuis longtemps à la barbarie. Ils ont gardé cependant leur langue et leur religion.

Mais on peut distinguer, dans cette masse misérable, des agents de l’émancipation : les Klephtes ou Palikares, les bandits héroïques qui tiennent la montagne et attendent l’heure ; les marins de la côte, qui, enrichis par le commerce de la mer Egée et de la mer Ionienne, rêvent de sécurité, d’indépendance ; les jeunes gens qui sont allés étudier dans les grandes villes d’Europe et en ont rapporté le culte de la Grèce antique qu’ils veulent ressusciter (sociétés des Philomuses) ; il faut y joindre l’influence des idées françaises, qui s’étaient répandues jusque-là depuis notre Révolution, et l’active propagande de la Russie qui, depuis le XVIIIème siècle, exploitait auprès des Grecs la communauté de religion et fomentait la révolte. Dès 1798, un mouvement avait éclaté, bien vite réprimé, sous Rhigas. Au Congrès de Vienne, les souverains refusèrent de s’occuper de la question grecque. Elle allait forcer leur attention et troubler toutes leurs combinaisons.

LA GUERRE D’INDEPENDANCE (1821-1829)

Le soulèvement

Sous l’influence de l’Hétairie (société secrète) trois soulèvements se produisent en 1821 : deux échouent, celui d’Alexandre Ypsilanti, en Moldavie, celui du vieux pacha rebelle de Janina, Ali ; le troisième, à Kalavryta (en Morée), sous la direction de l’évêque Germanos, gagne toutes la péninsule. Au Congrès d’Epidaure (1822), les Grecs se proclament indépendants. La révolte s’organise sous les héros de la montagne ou de la mer, Botzaris, Odysseus, Kolokotrionis, Canaris, Miaoulis, etc. Les Turcs répondent au soulèvement par d’affreux massacres (Constantinople, Chio, 1822) ; les brûlots grecs incendient les flottes du Sultan.

L’Intervention égyptienne (1823-1826)

Le sultan Mahmoud obtient, pour réduire la révolte, le concours de son vassal, Mehemet-Ali, pacha d’Egypte. Le fils de celui-ci, Ibrahim-Bey, débarque en Morée avec 20 000 hommes : la guerre redouble de fureur (épisode de Sphactérie, 1825) ; le pays est livré à une entière dévastation ; le succès des forces turco-égyptiennes semble complet, lorsque les défenseurs de Missolonghi, après un siège d’un an, font sauter les débris de la ville et s’ensevelissent sous les ruines (1826).

L’Intervention de l’Europe (1827-29)

Les sympathies de l’Europe se manifestaient depuis le début de la lutte (le philhellénisme, les oeuvres des poètes et des artistes, les volontaires de l’indépendance, Byron, Fabvrier, Santa-Rosa, Cochrane, etc.) Paralysés d’abord par l’irrésolution d’Alexandre Ier et les calculs de Metternich, elles allaient passer à l’action. Poussées par des mobiles très divers (enthousiasme, intérêt, crainte), la France (Ministère Villèle), la Russie (Nicolas Ier), l’Angleterre (Ministère Canning), s’unirent au traité de Londres (1827) pour imposer leur médiation. Le résultat fut la bataille non prévue et non voulue de Navarin (20 octobre 1827 où fut anéantie la flotte turco-égyptienne). L’Angleterre, très affligée de cette victoire (un déplorable malentendu) pressait la Turquie de céder ; mais l’orgueilleux Mahmoud s’obstinait à la lutte ; il fallut une campagne française en Morée (général Maison, 1828) et la marche des deux armées russes sur Constantinople, par le bas Danube (Diebitch) et l’Arménie (Paskiewitch, 1829) pour le décider à traiter.

Formation du royaume de Grèce

Le traité d’Andrinople (1829) mettait fin à la guerre d’indépendance, sans fixer nettement ni les frontières ni la condition de la Grèce (vassale ou indépendante). La guerre civile succéda aussitôt à la lutte contre les Turcs. Les héros de l’émancipation se divisèrent. A la tête du gouvernement provisoire était Capo d’Istria, qui fut assassiné (1831). Léopold de Saxe-Cobourg refusa la couronne qui lui était offerte. Enfin, une Commission appela au trône un prince bavarois, Othon ; l’indépendance de la Grèce fut complètement reconnue et ses limites, au nord, tracées du golfe d’Arta au golfe de Volo.

LE ROYAUME DE GRECE

Othon Ier (1832-1862)

L’accord dura peu entre la Grèce et le roi qu’elle s’était donné ; la prédominance des Bavarois irritait les Grecs ; les tendances absolutistes d’Othon, lorsqu’il fut devenu majeur (1835), provoquèrent des conflits dans lesquels les libéraux eurent le dessus. En 1844, une assemblée nationale élabora une constitution (deux Chambres). Alors ce furent les rivalités d’influences européennes (Angleterre, Russie, France) qui troublèrent la politique grecque (affaire Pacifico 1847). Puis ce jeune royaume était ambitieux, rêvait de reconstituer l’Empire Byzantin. Il fut humilié de l’inaction à laquelle se résignait le roi pendant la guerre de Crimée (1854). Des complots se formèrent contre la dynastie impopulaire ; l’un d’eux, sous la direction de Canaris, aboutit à la déchéance d’Othon (1862).

Georges Ier (1863)

La couronne, plusieurs fois offerte et refusée, fut acceptée en 1863 par le second fils du roi de Danemark, Guillaume, qui prit le nom de Georges Ier. Il était beau-frère du prince de Galles, et l’Angleterre lui fit cession des Iles Ioniennes. Il épousa une princesse russe, la grande duchesse Olga. Sa situation européenne se trouva ainsi fortifiée ; sa popularité eut raison des difficultés intérieures du début (révision de la constitution, suppression du Sénat), son règne a été pour la Grèce une période d’activité et de progrès, souvent interrompue par les crises parlementaires (Tricoupis, Delyanis), menacée aussi par les réveils de l’ambition nationale. En 1866, la Crète s’étant soulevée, la Grèce voulut répondre à son appel, mais l’Europe la força à désarmer. En 1876, elle se disposait à intervenir dans le conflit des Balkans ; l’Angleterre l’en empêcha. Elle obtint, il est vrai, au Congrès de Berlin (1878), une extension de territoire en Epire et en Thessalie, mais le mauvais vouloir des Turcs retarda jusqu’en 1881 l’exécution de cette clause. Enfin, en 1897, une nouvelle insurrection crétoise a amené une guerre entre la Turquie et la Grèce, en dépit des efforts de l’Europe pour empêcher la lutte. La Grèce a été promptement vaincue et a dû rétrocéder aux Turcs une faible partie du territoire thessalien. Mais, d’autre part, à la suite de l’intervention des puissances européennes, la Crète a été déclarée autonome et érigée en principauté sous le prince Georges, second fils du roi des Hellènes.


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