Magenta (4 juin 1859)
par jean-paul kirkbride
MAGENTA (4 JUIN 1859)
Giulay avait achevé de repasser le Tessin dans la soirée du 3 juin, et avait établi son quartier général à Abbiategrasso. Son projet était de remonter vers le nord et de prendre de flanc l’armée alliée si elle se hasardait à marcher sur Milan.
Le 4, l’armée autrichienne s’étend : la droite, de Buffalora à Marcallo ; le centre, le long du Naviglio Grande, de Buffalora à Ponte Vecchio ; la gauche, se trouve à Abbiategrasso, trop éloignée pour prendre immédiatement part à la lutte.
Dans la nuit du 3 au 4, l’Empereur ayant été avisé de la retraite des Autrichiens, envoie à Mac-Mahon, qui avait concentré son corps sur les hauteurs de Robecchetto, l’ordre de s’avancer sur Magenta pour tomber sur le flanc droit des Autrichiens que le reste de l’armée devait, par San Martino, attaquer de front en forçant le Naviglio.
Vers 10 heures du matin (4 juin), Mac-Mahon met ses troupes en mouvement : la division Espinasse reçoit l’ordre de se porter sur Magenta par Mesero et Marcallo ; la division La Motterouge, ayant avec elle Mac-Mahon, doit s’avancer par Cuggiono, Casate, pendant que Camou forme la réserve avec la 3ème division. Vers midi, la Motte-rouge se heurte près de Casate aux premiers détachements autrichiens : il les repousse, les poursuit jusqu’à Bernate et les refoule jusqu’aux abords de Buffalora.
Du pont de San Martino l’Empereur, entendant le canon, ne doute pas que Mac-Mahon ayant commencé son attaque avec cette vigueur, ne la poursuive avec la même énergie. Il donne l’ordre à Mellinet d’occuper les rives du Naviglio et d’enlever les ponts. Celui-ci lance les grenadiers de la garde en 3 colonnes sur Buffalora, le Ponte Nuovo et la Redoute du chemin de fer. Malgré la supériorité numérique des Autrichiens, les grenadiers s’emparent de ces divers points, s’y établissent et commencent même à déboucher sur la rive gauche.
A cet instant décisif, Mac-Mahon arrête son offensive. La division Espinasse, engagée dans de mauvais chemins est fort en retard, et Mac-Mahon craint de s’engager contre des forces supérieurs avec la seule division La Motterouge. Il s’arrête à Bernate pour rallier ses troupes. La division de grenadiers est alors obligée de lutter seule contre 2 corps autrichiens ; elle est rejetée derrière le Naviglio, mais s’y maintient par des efforts héroïques. Heureusement, elle est secourue par une brigade du 2e corps qui couvre notre droite en se portant sur Ponte Vecchio où elles s’engage vigoureusement avec les têtes de colonnes ennemies venant d’Abbiategrasso et débouchant de Robecco. Elle prend, perd et reprend plusieurs fois le village. La division Vinoy du 4è corps arrive à son tour, et la lutte continue avec acharnement de Buffarola à Ponte Vecchio : toutes les attaques des Autrichiens sont contenues, mais rien n’est encore décidé. Enfin, vers 4 heures et demie retentit de nouveau le canon de Mac-Mahon qui a repris sa marche en avant. Avec une audace et une décision remarquables il indique le clocher de Magenta comme point de direction avec ses 3 divisions réunies.
Les Autrichiens, établis sur la ligne de Marcallo-Casa Nuova, opposent une résistance acharnée : la division La Motterouge parvient à enlever Casa Nuova et à se relier aux grenadiers dans Buffarola. La division Espinasse emporte Marcallo. Puis, vers 7 heures, les 3 divisions de Mac-Mahon convergent sur Magenta qu’elles enlèvent. La droite des Autrichiens est battue, et se retire sur Corbetta. La gauche à Ponte Vecchio continue plus longtemps la lutte, mais finit également par se mettre en retraite, pendant que le centre est écrasé par une batterie de 40 bouches à feu. La victoire nous est définitivement acquise. 48 000 Français avaient lutté contre 62 000 Autrichiens.
