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deco Forêt de l’Argonne (19 août au 20 septembre 1792)

carte Carte

Pendant que l’armée prussienne, remontant la Moselle, pénétrait en France - 19 août - par l’intervalle existant entre les armées de Sedan et de Metz, Dumouriez se trouvait encore au camp de Maulde, préparant une invasion dans les Pays-Bas où, depuis la révolution de 1787, la domination autrichienne comptait de nombreux ennemis. La nouvelle de la reddition précipitée de Longwy - 23 août - la marche des alliés sur Verdun le firent accourir à Sedan où il arriva le 29 août. Voyant l’impossibilité de secourir Verdun qui venait d’être investi par Brunswick, et apprenant la marche de Clerfayt vers Stenay, il se décide brusquement à se porter derrière l’Argonne pour en défendre les défilés que l’ennemi devait traverser pour se rendre directement de la vallée de la Meuse dans les plaines de la Champagne. Mais il faut se hâter pour devancer les Prussiens plus rapprochés des défilés que les Français. Aussi malgré le danger d’une marche de flanc, Dumouriez n’hésite pas à prendre la route la plus courte qui passe non loin de Stenay où se trouve Clerfayt. Pour l’éloigner, Dumouriez le fait attaquer le 31 août par Dillon qui, après avoir rejeté les Autrichiens sur la rive droite de la Meuse, vient par Buzancy, avec 7.000 hommes, occuper les défilés de la Chalade et des Islettes, pendant que Dumouriez s’établit derrière l’Argonne.

La chaîne ou plutôt la Forêt de l’Argonne, formée par une série de plateaux peu élevés, s’étend, de Sedan à Sainte-Menehould, sur une longueur d’environ 16 lieues entre l’Aisne et la Meuse. Ces plateaux, couverts de bois, coupés de ruisseaux, d’étangs et de marécages, étaient impraticables à une armée partout ailleurs que par cinq défilés : le Chêne-Populeux, la Croix-aux-Bois, le Grand-Pré, la Chalade, les Islettes. C’est là que Dumouriez pensait arrêter l’armée de Brunswick, car il était aisé de s’y retrancher. « Les passages de l’Argonne sont les Thermopyles de la France », écrivait-il au ministre de la Guerre, Servan.

Le 3 septembre, il s’installe avec 15.000 hommes au camp du Grand-Pré, entre l’Aire et l’Aisne, chargeant Dubouquet de garder avec 6.000 hommes le Chêne-Populeux. Quant au passage de la Croix-aux-Bois, en raison du peu d’importance qu’à tort il lui attribuait, il estime qu’une centaine d’hommes seront suffisants pour le défendre.

En même temps il envoie à Beurnonville l’ordre de se rendre à Rethel avec 16.000 hommes tirés du camp de Maulde, et fait prescrire à Kellerman qui se trouvait à Metz de se porter par Ligny et Bar-le-Duc à Sainte-Menehould.

Verdun avait capitulé le 2 septembre, et le 10 les Prussiens paraissent devant les défilés, mais partout ils sont repoussés. Aussi Dumouriez se crut-il maître de la situation, quand un incident imprévu renversa toutes ses combinaisons : le 12, Clerfayt surprit le défilé de la Croix-aux-Bois et s’y logea malgré les retours offensifs de Chazot obligé de se retirer à Vouziers. Cette retraite décida Dubouquet à se replier sur Attigny. L’armée française était coupée en deux. La situation des 15.000 Français à Grand-Pré, ayant 40.000 Prussiens devant leur front et 25.000 Autrichiens et émigrés débordant leur flanc gauche, semblait désespérée. Dumouriez se dégage grâce à son sang-froid.

Au lieu de reculer sur Châlons et sur Reims, afin de couvrir Paris, il conclut le projet de se retirer sur Sainte-Menehould de s’y appuyer dos à dos à Dillon retranché aux Islettes et à la Chalade, et de concentrer dans cette position les détachements rejetés sur Vouziers et Attigny, le corps de Beurnonville arrivé à Rethel, et l’armée de Kellerman déjà venu de Metz à Bar-le-Duc. Avec ces forces, il espère tenir tête victorieusement aux attaques de Brunswick ou opérer sur ces communications s’il ose s’avancer sur Paris. Aussi dans la nuit du 14 au 15 septembre, il évacue le camp de Grand-Pré : la retraite s’effectue heureusement, sans autre incident qu’une panique à Moncheutin. Le 17, arrive au camp de Sainte-Menehould où affluent les renforts : Beurnonville, après un long détour vers l’ouest fit sa jonction le 18, et Kellerman le lendemain.

Dumouriez a sous la main environ 52.000 combattants qu’il dispose sur les plateaux et dans les plaines de la Champagne pouilleuse. Au centre, Kellerman avait massé ses troupes sur la butte de Valmy, contrairement aux ordres de Dumouriez qui lui avait enjoint de s’établir sur les hauteurs de la Lune et de Gizaucourt ; Stengel, à droite, soutenu par Beurnonville, devait défendre le Mont Yvron ; Valence et Chazot formaient notre gauche entre Valmy et Orbeval. Ainsi l’armée française, s’étendant en une sorte de demi-cercle, était adossée à l’Argonne, face à Paris. La lenteur de la marche des Prussiens avait singulièrement favorisé la concentration des forces françaises. Ils avaient passé l’Aisne, le 18, à Vouziers ; le lendemain ils se dirigèrent sur Somme-Tourbe pour intercepter la route de Châlons et couper Dumouriez de Paris.

 

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