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deco Bérésina

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Après avoir passé le Dniepr à Orcha, il restait à Napoléon un dernier obstacle à franchir : la Bérésina, affluent du Dniéper. L’Empereur marchait droit sur Borisow, où il comptait trouver un pont gardé par Dombrowski. Mais le 22 novembre, à quelque distance de cette ville, il apprit que cette ville venait de tomber au pouvoir des Russes. La situation lui apparut alors comme désespérée. Les restes de la Grande-Armée étaient poursuivis et serrés de près par Kutusof et les Cosaques de Platof, et ils allaient se heurter sur la Bérésina à deux autres armées russes : d’une part, du nord, sur la rive gauche, arrivait Wittgenstein ; il avait échappé à Gouvion-Saint-Cyr, malgré une victoire de celui-ci à Polotsk ; d’autre part, du sud, sur la rive droite, Tchitchakof, que Schwarzenberg et Reynier n’avaient pas su arrêter, débouchait de Minsk, et son avant-garde incendiait le pont de Borisow.

Contre ces trois armées qui l’enveloppaient, Napoléon disposait de trois débris d’armée : 1° Celle qu’il ramenait des steppes de Russie 25 000 hommes à peine ayant gardé leurs rangs et serrés autour de leurs drapeaux, suivis d’une effroyable horde de 40 000 traînards ; 2° et 3° Les deux corps de Victor et d’Oudinot (23 000 hommes) qui, heureusement, avaient fait leur jonction et venaient se mettre à la disposition de l’Empereur. Pour comble de malheur, le dégel était survenu ; la rivière charriait d’énormes glaçons, et il semblait impossible d’y établir un pont.

L’impossibilité fut réalisée. Le général Corbineau découvrit, par hasard, un gué à Studianka, au-dessus de Borisow (23 novembre). Le vieux général Eblé fut chargé aussitôt d’y établir deux ponts de chevalets, un pour les piétons, un pour les voitures. Sous les yeux de l’armée anxieuse, les pontonniers travaillèrent deux jours et une nuit, dans l’eau glaciale, au milieu de périls inouïs, obligés de réparer deux fois les accidents survenus.

Le 27, au matin, le passage commença ; il ne fut pas trop inquiété d’abord. Victor, sur la rive gauche, couvrait l’opération contre Wittgenstein et Kutusof qui n’avaient pas encore fait complètement leur jonction. Oudinot, jeté en avant sur la rive droite, contenait Tchitchakof, lequel d’ailleurs n’avait pas compris l’importance des travaux de Studianka, et se laissa tromper par une diversion de Partouneaux sur Borisow.

Le 28 au matin, les feux ennemis retentirent sur les deux rives ; toute la journée, la lutte fut acharnée. Oudinot, qui fut blessé, et Ney, dans des charges impétueuses, refoulèrent Tchitchakof ; Victor soutint avec fermeté les attaques multiples de deux adversaires. Partouneaux, isolé et abandonné dans Borisow, y faisait anéantir sa division. Pendant ce temps le passage continuait, au milieu de scènes de désordre et d’épisodes navrants. Les piétons et les voitures se trompaient de pont et se mêlaient dans une affreuse confusion ; des boulets ennemis faisaient dans cette foule de larges trouées. La nuit vint ; en fait, la victoire était à nous : « car les 28 000 hommes qui combattaient ainsi contre 72 000, auraient dû être pris jusqu’au dernier. » (THIERS).

Le soir du 28, Victor fit passer la Bérésina à son corps, très éprouvé. Pendant toute la nuit (c’était la sixième qu’il passait sans sommeil), l’admirable Eblé, courant de bivouac en bivouac sur la rive gauche, essaya d’arracher à leur engourdissement les traînards qui dévoraient quelques lambeaux de cheval et se chauffaient autour de grands feux. Ordre était donné d’incendier les ponts dès le matin du 29. Quand apparurent les premiers Cosaques, ces malheureux se ruèrent vers le fleuve, s’étouffant pour gagner l’autre bord. « En détournant les yeux, Eblé se décida à exécuter l’ordre. Sur le champ, des torrents de fumée enveloppèrent les deux ponts, et les malheureux qui étaient dessus se précipitèrent pour n’être pas entraînés dans leur chute. Du sein de la foule qui n’avait point encore passé, un cri de désespoir s’éleva tout à coup, des pleurs, des gestes convulsifs s’apercevaient sur l’autre rive. Les Cosaques, accourant au galop, enfonçaient leurs lances dans la foule... » (THIERS).

 

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