Beauharnais |
|
Eugène Rose de, vice-roi d'Italie
(Paris, 3 septembre 1781 - 21 février 1824)
Une destinée tout à fait inattendue pour ce prince bien tranquille : fils de Joséphine, beau-fils de Napoléon, gendre du roi de Bavière, ses descendants sont aujourd'hui sur le trône de Suède, de Norvège, du Danemark, de Belgique et du Luxembourg.
En 1794, Eugène a quatorze ans lorsque son père, Alexandre de Beauharnais, est guillotiné. Sa mère, Joséphine, est en prison, les biens de la famille ont été confisqués : il est placé apprenti menuisier.
Il veut être soldat. Après le 9-Thermidor, Joséphine, à nouveau libre, renoue avec ses amis, les nouveaux maîtres de la France. Eugène est incorporé dans l'état-major du général Hoche.
Bonaparte à Sainte-Hélène raconte l'anecdote suivante : Eugène serait venu lui demander l'autorisation de conserver l'épée de son père et c'est ainsi qu'il aurait connu Joséphine. Eugène rejoint le général, devenu son beau-père, vers la fin de la première campagne d'Italie et le suit en Egypte en qualité d'aide de camp. Pas de traitement de faveur; Eugène doit faire ses preuves. Le jeune homme entre l'un des premiers dans Suez, le 8 novembre 1798, et reçoit une blessure lors de l'assaut de Saint-Jean d'Acre (ce sera la seule de sa carrière de soldat). Bonaparte apprécie. Il le prend avec lui à son retour en France et lui donne, après le 18-Brumaire, le commandement des chasseurs à cheval de la Garde consulaire.
C'est à ce poste qu'Eugène fait la seconde campagne d'Italie, en 1800. La charge de sa cavalerie à Marengo est brillante. Il est promu chef d'escadron. Les années suivantes sont paisibles. Eugène reçoit un traitement confortable. Les autres membres de la famille Bonaparte le considèrent avec méfiance : qui est ce jeune homme tranquille, qui ne demande rien, et quelle place a-t-il dans le cœur du Premier Consul ? Ce n'est pas la dernière.
Avec l'avènement de l'Empire, Eugène est nommé général de brigade et prince le 14 juin 1804, jour anniversaire de Marengo. En février 1805, il est grand amiral et grand officier de l'Empire. En mai, Napoléon a ceint la couronne de fer du royaume de Lombardie ; le 7 juin 1805, Eugène est proclamé vice-roi d'Italie. Ce jeune homme de 24 ans est chargé de veiller sur un royaume hétérogène. Il suit à la lettre les instructions de son beau-père, organise une armée, introduit le Code civil, dote le pays de canaux, de fortifications, de lycées… Bientôt, Napoléon lui fait suffisamment confiance pour le nommer commandant général de l'Armée d'Italie à la place de Masséna.
Son beau-père lui exprime son désir de le voir épouser Auguste-Amélie, fille du roi de Bavière. Cela renforcera l'alliance entre la France et ce nouveau royaume. On raconte qu'Eugène propose à la princesse de refuser cette union si elle lui répugne, c'est lui qui en prendra toute la responsabilité. Mais non, elle accepte. C'est un mariage tant politique que d'amour qui est célébré le 14 juin 1806. Eugène est docile. Deux jours après le mariage, Napoléon le reconnaît solennellement comme son fils adoptif.
Un an plus tard, nouveau présent : Venise, qui vient d'être conquise à l'Autriche. Eugène y introduit le système administratif français. Le 2 avril 1808, son royaume se voit agrandi de territoires enlevés au pape. Eugène tente en vain de réconcilier l'Empereur et Pie VII.
En 1809, l'Autriche décide de faire une nouvelle tentative pour reconquérir ses anciens territoires. Elle amasse près de 100 000 hommes aux frontières du royaume d'Italie. Eugène n'a que 75 000 hommes environ à lui opposer. Après une première défaite, il est forcé de céder du terrain. Il est en situation critique quand Napoléon lui envoie du renfort, des hommes et son général Macdonald, en avril 1809. Eugène garde officiellement le commandement mais c'est le vieux soldat qui est la tête pensante. L'armée d'Italie reprend le terrain perdu. Avec la victoire de Raab, Eugène bat de façon décisive l'archiduc Jean et fait sa jonction avec la Grande Armée. C'est ainsi qu'il prend part à la bataille de Wagram, avec honneur.
Eugène s'occupe alors de pacifier le Tyrol, en pleine insurrection. La mission remplie, le royaume d'Italie a gagné un nouveau département. L'Istrie et la Dalmatie lui sont en revanche soustraites pour être incorporées à la France.
A la fin de l'année, il est à Paris pour le divorce entre Napoléon et sa mère. L'Empereur trouve en lui un allié inattendu pour convaincre Joséphine d'accepter la séparation. Eugène espère- t-il ainsi mériter une vraie couronne ?
Les années suivantes, Eugène administre le royaume italien, toujours sous l'égide de son ancien beau-père. Les Lombards n'apprécient pas toujours d'être gouvernés par ce pantin de Napoléon; le Blocus Continental représente des pertes commerciales. Eugène doit faire face à des débuts d'insurrection. Sévère avec les meneurs, il sait être clément envers ses "sujets" et bientôt les troubles disparaissent.
En 1812, ses 40 000 hommes et 5 000 chevaux forment l'aile gauche de la Grande Armée pour la campagne de Russie. Le prince Eugène prend une part importante aux batailles de Smolensk et de Borodino. Il est également brillant en arrière-garde pendant la retraite. Quand Napoléon les quitte pour rentrer rapidement à Paris, Murat et Eugène se retirent derrière le Niémen. Murat part à son tour. Eugène se trouve seul, à la tête des quelques milliers d'hommes qui ont survécu à ce désastre. Il organise ce débris d'armée et parvient, au prix de grandes difficultés et de multiples louvoiements, à joindre les nouvelles troupes réunies par l'Empereur.
Son rôle est décisif à Lützen, en 1813. Peu de temps après, Eugène retourne en Italie avec mission de trouver des hommes à enrôler, des armes et de l'équipement militaire. Il rassemble environ 50 000 hommes et les mène à la bataille. Il chasse les Autrichiens de Villach mais perd ensuite petit à petit les provinces Illyriennes puis son propre territoire. Il parvient à tenir quelque temps l'armée autrichienne en respect mais en avril 1814, Napoléon abdique. Eugène signe une convention et attend que les Alliés statuent sur son sort. Il se rend ensuite à Munich, chez son beau-père le roi de Bavière.
Quand Napoléon revient de l'île d'Elbe, il ne trouve plus Eugène. Ce dernier a promis aux souverains alliés de ne pas intervenir et il est homme de parole. Le 14 novembre 1817, le roi de Bavière le fait duc de Leuchtenberg et prince d'Eichstädt. Le 21 février 1824, Eugène meurt d'une attaque d'apoplexie, à 43 ans. Sa fille Joséphine épouse le fils de Bernadotte, Oskar 1er, roi de Suède
|