De Bourbon |
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Louis Antoine Henri, duc d'Enghien
(Chantilly, 1772 - Donjon de Vincennes, 1804)
Un homme est fusillé à l'aube au pied du château de Vincennes après un simulacre de procès. Son crime : être né "Bourbon". Napoléon (dans son testament) : "J'ai fait arrêter et juger le duc d'Enghien parce que cela était nécessaire à la sûreté, à l'intérêt et à l'honneur du peuple français, lorsque le comte d'Artois entretenait, de son aveu, soixante assassins à Paris. Dans une semblable circonstance, j'agirais encore de même".
Louis de Bourbon, duc d'Enghien, émigre à la Révolution. Il sert comme cavalier dans l'armée commandée par son grand-père. Lorsque celle-ci est licenciée, il se retire à Ettenheim, ancien évêché de Strasbourg devenu grand-duché de Bade, pays neutre voisin de la France. Il vit paisiblement, partageant son temps entre la chasse et sa liaison amoureuse avec la princesse de Rohan-Rochefort.
Il ne se doute pas de ce qui l'attend. Un lieutenant de Cadoudal, arrêté, a avoué le complot tramé contre le Premier Consul et mentionné la participation d'un "prince de la maison des Bourbons".
Peut-être à l'instigation de Talleyrand et de Fouché, les soupçons se portent sur le duc d'Enghien. Un gendarme, envoyé à Ettenheim pour enquêter, comprendrait mal les noms des émigrés amis du duc d'Enghien. Thumery devient Dumouriez, Schmidt devient Smith, un agent anglais…
Aux Tuileries, la décision est prise. Le 15 mars, 200 hommes armés cernent sa maison et s'emparent du prince, au plus grand mépris de la souveraineté de l'Etat de Bade. C'est purement et simplement un enlèvement.
Le nuit même de son arrivée au fort de Vincennes, le duc est réveillé pour être jugé. C'est Murat, alors gouverneur de Paris, qui a dû, à contrecœur, signer la nomination de la commission chargée de le juger. La procédure est rapide. Après un bref interrogatoire, le duc, qui avait demandé audience au Premier Consul sans même obtenir de réponse, est jugé sans preuves, sans témoins, sans avocat, par quelques officiers. Il est ensuite conduit dans les douves du château. Là, sous une pluie fine, il est fusillé et enseveli.
Les historiens se passionnent encore aujourd'hui pour l'affaire du duc d'Enghien. Dans quelle mesure Bonaparte a-t-il été influencé par son entourage? Quelles étaient ses véritables motivations ? A Fouché venu le tempérer au dernier moment, il aurait dit : "Qu'est-il besoin de preuves ? N'est-ce pas un Bourbon, et de tous, le plus dangereux ? Vous et les vôtres n'avez-vous pas dit cent fois que je finirais par être le Monk de la France, par rétablir les Bourbons ? Eh bien, il n'y aura plus moyen de reculer. Quelle plus forte garantie puis-je donner à la Révolution que vous avez cimentée du sang des rois ? Il faut d'ailleurs en finir. Je suis environné de complots. Il faut imprimer la terreur ou périr".
Dix jours avant de mourir, soit dix-sept ans plus tard, Napoléon fit rouvrir son testament pour rajouter ces lignes : "J'ai fait arrêter et juger le duc d'Enghien parce que c'était nécessaire à la sûreté, à l'intérêt et à l'honneur du peuple français, lorsque le comte d'Artois entretenait, de son aveu, soixante assassins dans Paris. Dans une semblable circonstance, j'agirais encore de même".
Ce qui est certain, c'est que l'affaire du duc d'Enghien fut habilement exploitée par la propagande bonapartiste. Arguant que la vie du Premier Consul était en péril, la presse prépara les esprits à l'idée du pouvoir héréditaire.
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