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Jean, duc de Montebello, Maréchal (1804).
(Lectoure (Gers), 1769 - Vienne, 1809)

portrait

Maréchal de France, promotion de 1804. Fils d'un garçon d'écurie, il fut apprenti teinturier, puis s'enrôla en 1792 dans un Bataillon de volontaires du gers. C'est à travers une anecdote qui me touche d'autant plus que certains de mes compatriotes y sont mêlés bien malencontreusement.

Nous sommes au Printemps 1793, la chasse est ouverte contre cette France de loqueteux et de gueux, cette armée de débraillés incapable pour un œil étranger de résister à de vrais soldats.

La guerre est à nos frontières.

Au poste de Saint-Laurent-en-Cerdans mi-mai 1793, prés du col de Coustouge, dans les pyrénées-orientales, ce sont deux compagnies de volontaires du gard qui en ont la garde. En effet, l'Espagne des Bourbons veut en découdre ; 35 000 hommes commandés par le général Ricardos sont au sud des Pyrénées, plus précisément en Catalogne espagnole.

Mais ces braves volontaires du gard n'ont pas le zèle requit ; et le commandement français vat les faire relever par cinq compagnies appartenant au 2ème bataillon de volontaires du gers. Les gardois n'écoutant que leur estomac plient bagages désertant leur poste ; à ce même moment les Espagnols font mouvement et prennent le poste, de surcroît repoussent les gardois qui s'étaient mis en retrait. Les voilà qui détalent comme des lapins.

C'est ce triste spectacle que les gersois rencontrent au détour d'un chemin ; bref instant de flottement, mais bien tenu par le général de Laterrade, ils se porte en avant.
Une salve dense de mousquetterie les accueille, ils commence à refluer. Les hommes se mettent à couvert.

Soudain une voix de stentor s'élève au milieu de la mêlée :
" Halte ! Arrêtez sacrebleu ! arrétez donc jean-foutre, sacrées rosses ! Chameaux que nous sommes ! Nous faisons fausse route ! Gare l'embuscade ! Halte donc, tas de jean-foutre ! Vite à moi ! A la course ! En avant ! "
Qui vient de gueuler de la sorte !
Quel est ce butor !

La magie se produit, un bref instant de silence réfléchie, de ce silence qui en dit long. Les hommes se lèvent et repartent en avant. Les Espagnols sont boutés hors de leurs positions.

Les volontaires du gers viennent de se signaler et avec un jeune sous-lieutenant de 24 ans dont c'était le baptême du feu ; Jean Lannes. Ses exploits dans la campagne d'Italie, à Dego (avril 1796) et à Arcole (novembre 1796), le firent remarquer de Bonaparte ; Général de Brigade en 1797.

Tout d'abord, c'est à la bataille de Dego, le 15 avril 1796 que Bonaparte remarque Lannes. Dego, une petite bourgade de Ligurie, d'abord prise par nous, puis reprise par les Autrichiens, et enfin reprise par nos soins à grand coup de baïonnettes avec Lannes à leur tête.

Bonaparte et son œil corse n'ont rien perdu de la scène.

Il nomme Lannes au commandement provisoire de la 69ème demi brigade. Mais une erreur va le priver de son poste. Junot s'emmêle les plumes, la 69ème devient la 39ème qui elle avait déjà un chef. Entre-temps la 69ème est pourvue.

C'est alors que les compagnies de grenadiers et de carabiniers sont regroupés en un corps d'avant-garde placé sous les ordres du général Dallemagne, et Lannes reçoit de Bonaparte le commandement effectif cette fois, des 6ème et 7ème bataillons de grenadiers, 4ème bataillon de carabiniers en un mot l'élite. Cette petite troupe ne tardera pas à se voir décerner un sobriquet flatteur : " la colonne infernale ".

C'est l'instrument rêvé pour Lannes , il lui colle à la peau.

Nous le retrouvons à Arcole.

Le 15 novembre 1796, c'est le 1er jour de la bataille d'Arcole. Le décor est planté ; un village Arcole ; un ruisseaux marécageux : l'Alpone et le fameux pont. Un de ces pont de bois où la mitraille prends ses aises.

Pour prendre Arcole ; il faut traverser le pont pris sous le feu de l'ennemi. Lannes s'élance avec cinq bataillons. Mais le feu autrichien est assez dense pour les arrêter. Lannes est blessé puis évacué à Ronco. Les hommes privés de leur chef vont s'abriter derrière la digue. Lannes est informé de l'échec de la tentative (la 3ème) de prise d'Arcole par Augereau.

Soudain en milieu d'après-midi, les infirmiers et médecins médusés voient Lannes se lever, bondir sur un cheval et partir à brides abattues vers Arcole...

Il arrive au moment opportun où Bonaparte entraînant une charge, s'était retrouvé comme beaucoup à l'abri de la digue suite au reflux des grenadiers. Les Autrichiens voient bien le flottement et font un bond en avant, dépassant l'endroit où est tombé un Bonaparte que personne ne se soucie de secourir. Le Corse vat-il tomber entre des mains choucroutesques...

Non car un cavalier émerge sur ce pont de bois. C'est Lannes.

Trop faible pour mettre pied à terre, c'est à cheval qu'il entraîne ses grenadiers et repousse les Autrichiens de l'autre côté du pont, avant de recevoir une nouvelle blessure qui le jette au bas de sa monture, sans connaissance.

Après cet épisode digne des gestes antiques, Lannes exsangue est évacué sur Milan. Arcole est gravé dans le sang de la victoire.

C'est Lannes que Bonaparte désigne pour aller régler à Rome les menus détails du traité de Tolentino. Si nous écoutons le général Desaix, c'est un sacré gaillard que le Pape Pie VI vit apparaître devant lui : " Brave des braves, jeune, jolie tournure, bien fait, figure pas très avenante, criblé de blessures, élégant, de beaux cheveux, de belles voitures, la plus belle d'Italie...Le Pape, lui tendant les mains pour les baiser, Lannes les prit et les serra fortement ".

Il accompagna Bonaparte en Egypte, prit part aux batailles des Pyramides et d'Aboukir, emporta Jaffa et fut blessé à Saint-Jean d'Acre. Le 3 mars 1799, Lannes et Bon mettent le siège devant Jaffa tandis que Kleber se porte sur la route de Saint-Jean-d'Acre et Reynier sur celle de Gaza. Le 5 mars les assiégés font une sortie, coupant quelques unes de nos têtes, puis les exposants sue leurs remparts. Le lendemain, un parlementaire et un trompette se présentent au commandant de la place pour lui demander de se rendre. La courtoisie turques voulut que leurs têtes rejoignent celle de leurs camarades.

A ce moment, nous déclenchons un violent tir d'artillerie puis Lannes à la tête de la 22ème Légère, s'élance, suivi de la division, et s'engouffre par la brèche ouverte. Il s'empare successivement de toutes les tours défendant l'accès à la citadelle qui tombe en son pouvoir. Profitant alors de la confusion, la division de Bon, escaladant les remparts, se répandit dans Jaffa qui " éprouva toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut ", selon le mot de Bonaparte.

Jaffa éprouva surtout les horreurs d'une ville dont les défenseurs avaient sauvagement décapité, non seulement des soldats, mais aussi deux parlementaires.
Sans que leurs chefs respectifs pussent faire la moindre chose pour se faire entendre, les troupes massacrèrent, hommes, femmes, enfants, vieillards et ne s'arrêtèrent que " lorsqu'ils furent las de tuer et épuisés par la fatigue ".

Puis c'est le tour de Saint-Jean-d'Acre.

Le 17 mars Lannes s'empare de Haîfa dont le port était d'une nécessité logistique. Mais la flotte anglaise empêcha l'artillerie de nous rejoindre. C'est avec les seules pièces de campagnes que le siège de Saint-Jean-d'Acre allait commencer. Il va durer deux mois, du 19 mars au 21 mai, et finira par un échec. Non pas à cause de la férocité habituelle des Turcs mais surtout à la présence de deux européens : un anglais et surtout un français émigré, Phelippeaux qui va fortifier la ville. Lannes y est blessé le 8 mai, et sans l'intervention courageuse d'un Capitaine de grenadiers, sa jolie tête serait allé grossir la collection des Turcs.

Bonaparte leva le siège, et annonça avec sa diplomatie habituelle l'échec de la chose. Il demandait aussi que Lannes fut nommé Général de Division. Mais, il prends sur lui, et le nomme de son propre chef le 10 mai 1799 : " Le général en chef, voulant donner au général de brigade Lannes un témoignage de la satisfaction du gouvernement pour la manière distinguée avec laquelle il a servi tant en Italie qu'en Egypte campagnes pendant lesquelles il a honoré les armes de la République par des actions d'éclat si souvent répétées, voulant le récompenser des services qu'il a rendus dans l'expédition de Syrie, où il a commandé une division, nomme le général de Brigade Lannes, général de division. " Il contribua au coup d'Etat du 18 Brumaire et fut nommé Commandant et Inspecteur Général de la garde consulaire(1800).

En 1800, il prit le commandement de l'avant-garde en Italie ; le 19 mai, Bonaparte est à Genève avec Lannes qui se voit confier le commandement de l'avant-garde constitué de la division Watrin, de la 28ème demi-brigade Mainoni et de la brigade de cavalerie Rivaud(12ème de Hussards et 21ème de Chasseurs) : 9000 hommes et 18 pièces d'artillerie.

Il franchit le Grand Saint-Bernard(14 et 15 mai 1800), se couvrit de gloire à Montebello le 9 juin 1800 et prit une part importante à la victoire de Marengo(14 juin1800). Il fut nommé à cause de sa bravoure, " le Roland de l'armée ".

Lannes sort miraculeusement indemne de la Campagne d'Italie.

Le 5 juillet 1800, " Les consuls de la République, voulant donner une preuve toute particulière de la satisfaction du peuple français au général de division Lannes, commandant le centre de l'armée à la bataille de Marengo, lequel s'est conduit avec autant de bravoure que d'intelligence, arrêtent ce qui suit : " Le ministre de la guerre fera donner au général Lannes un sabre sur lequel seront inscrits ces mots : Bataille de Marengo, commandée en personne par le 1er Consul, donné par le gouvernement au général Lannes ".

Nous avons vue que Lannes fut nommé Commandant et Inspecteur Général de la garde consulaire(1800).

L'ancien couvent des Feuillants est l'une des casernes, de la Garde des Consuls.

Au petit matin, les factionnaires sont surpris de voir leur Commandant-Lannes-et le 1er Consul toujours très calme.

Ils sortent les grenadiers de leurs lits, Bonaparte veut tout voir, posant de multiples questions. Bonaparte est surpris de voir qu'à la 3ème Compagnie du 1er Bataillon, un de ces grenadiers est bien trop grand pour son petit lit ! !

Le bougre fait six pieds quatre pouces.

Bonaparte veut que la literie soit mise à neuf : " Mais, ces couchettes sont trop courtes pour mes grenadiers. Vois-tu Lannes ? il faut réformer tout le coucher de ma Garde. Prends note et que toute la literie soit mise à neuf ; celle-ci passera pour la garnison ".

De plus, Bonaparte veut que sa Garde mange du pain blanc. Lannes prends note.

Lannes prends d'ailleurs de trop bonnes notes ; les lits neufs, le pain blanc. Tout mène à penser que le 1er Consul veut une Garde rutilante.

Lannes pense qu'il a carte blanche pour équiper de neuf la Garde ; il passe alors des commandes pharaoniques aux fournisseurs, ne songeant pas à se couvrir par un ordre écrit. Les fournisseurs bien entendue, exécutent les commandes avec un zèle extraordinaire. Le prix moyen de la tenue varie de 258 francs à 517 francs ; sans parler de celles des trompettes et des timbaliers. C'est un trou de 200 000 francs ! ! Lannes ne s'inquiète pas outre mesure.

Les langues se délient ; d'autant que Lannes n'apprécie que peu la dérive du régime vers laquelle le pousse Bonaparte. Ils paraîtraient que Lannes donnent des dîners gargantuesque au frais de l'Etat.

Certains laissent sous entendre que le Commandant et Inspecteur de la Garde des Consuls fait une confusion entre la caisse du Corps et sa cagnotte. Mais qui fait courir ses bruits ? Murat jaloux, et bien informé par Bessières. Bessières, commandant en second de la Garde, il aurait pu modérer l'ardeur dépensière de Lannes en le conseillant justement. Il n'en a rien fait et laisse Lannes s'enfoncer.

Bonaparte est au courant ; il somme Lannes de rembourser sous 3 semaines.

Lannes met en avant son honneur de militaire et sa juste sincérité.

Mais, un matin, un notaire se présente chez Lannes, porteur d'une somme de 300 000 francs. Est-ce Bonaparte ? -Non. -C'est Augereau qui n'a pas voulu laisser son compagnon d'armes sombrer dans ce petit scandale. Il sauve ainsi l'Honneur et la carrière de Lannes.

Lannes lui en sera reconnaissant, tout comme il n'oubliera la médiocrité puante de Bessières. Lannes est un fidèle autant pour ses amis que pour ses ennemis.
Ministre plénipotentiaire au Portugal en 1802.

Il est nommé Maréchal dans la grande promotion de 1804, puis Duc de Montebello (le 15 juin 1808). Il commanda à Austerlitz l'aile gauche de la Grande Armée(1805), combattit à Iena(14octobre1806), pas à Eylau car il est malade, à Friedland le 14 juin 1807. Il est nommé Colonel Général des Suisses en 1807.

Il participe à la Campagne d'Espagne en 1808, remportant la victoire de Tudela en novembre 1808. Puis il s'empare de Saragosse après un long siège le 21 février 1809.
Au cours de la Campagne de 1809 contre l'Autriche, il sert à la tête d'un Corps provisoire puis à celle du IIème Corps. Il se distingua à Eckmül(22 avril 1809), Ratisbonne, Amstetten, mais fut blessé mortellement à la bataille d'Essling le 22 mai 1809 en fin de journée. Il expira quelques jours plus tard, après avoir été amputé de la jambe gauche. Le corps de Lannes fut déposé au Panthéon en 1810.

Descendance :
La descendance de Lannes est une des plus nombreuses parmi celles des Maréchaux de l'Empire. Son fils aîné, deuxième Duc de Montebello(1801-1874) fut ministre sous Louis-Philippe et Ambassadeur de France sous Napoléon III ; il avait épousé une anglaise. Parmi les lointains petits-enfants du Maréchal : le prince Michel Poniatowski, Ministre de l'Intérieur des gouvernements Chirac et Barre ; la Duchesse d'Orléans, née Gersende de Sabran-Pontevès, et belle-fille du Comte de Paris ; enfin Edwige de Montebello, morte dans un camp de concentration nazi en 1945 ainsi que son mari Louis d'Ax de Vaudricourt. Vie


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