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Anne-Louise Germaine Necker, baronne,
(Paris, 22 avril 1766 - Paris, 13 juillet 1817)

portrait

La plus grande figure féminine de son époque. La première grande femme politique. Libérale. Courageuse : elle a résisté jusqu'au bout à Napoléon.

La vie de Madame de Staël est sans doute son meilleur roman : curieuse de tout, prônant l'esprit de tolérance et la fidélité aux idées des Lumières, elle est l'un des esprits les plus clairvoyants des années 1800. Son intelligence lui permet d'être admise dans les cercles politiques exclusivement masculins. Bien plus : elle organise elle-même, à Paris, en Suisse et dans toute l'Europe, la résistance au pouvoir impérial, négation de toutes les libertés qu'elle défend.

Fille du banquier Necker, ministre de Louis XVI, elle passe son enfance dans un milieu intelligent, modéré et ambitieux. Dans le salon de sa mère, la jeune fille brille par son esprit. A vingt ans, elle épouse l'ambassadeur de Suède à la cour de France, le baron de Staël-Holstein, de dix-sept ans son aîné. Grande lectrice de Rousseau, marquée par les idées des Lumières, elle accueille avec joie la Révolution. Pourtant, sa situation, à partir de 1792, devient intenable : elle soutient la Monarchie Constitutionnelle, se met à dos les républicains et la noblesse.

A la suite des massacres de septembre, elle s'enfuit à Coppet (Suisse) avec son père. Mais elle reste fidèle aux idées républicaines comme le montre l'ouvrage qu'elle écrit en 1798 sans le publier : Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la république en France.

Elle commence à défendre une sorte de parlementarisme à l'anglaise auquel elle demeurera fidèle toute sa vie. Elle prône l'éducation du peuple, qui doit accéder à la plénitude des droits politiques. En fait, Madame de Staël est la première femme officiellement reconnue comme philosophe politique.

Le gouvernement de Thermidor la rassure : elle regagne Paris. Pourra-t-elle, enfin, jouer un rôle actif auprès du gouvernement qui succède à la Terreur ? On se méfie en haut lieu de cette femme. Sa tolérance est suspecte. Surtout si elle s'enseigne dans un salon, vivier toujours possible pour l'opposition. Le Directoire préfère lui interdire Paris. Elle y revient pour de courts séjours.

En 1797, elle rencontre le général vainqueur de la campagne d'Italie. Elle voudrait que Bonaparte soit le libéral qui fasse triompher la liberté, sa liberté, après les échecs de la Révolution.

Bonaparte est décontenancé par cette femme aux idées si contraires aux siennes. Il ne sait comment se conduire avec elle, reste vague. Mais il la ménage, comme s'il sentait un danger qu'il n'arrive pas à cerner.

Madame de Staël revient de ses illusions après la promulgation de la Constitution de l'an VIII : c'est dans l'interdit et la clandestinité qu'elle devra continuer son œuvre de philosophie politique.

Car, peu à peu, la combativité de Madame de Staël se mue en franche opposition. Son salon devient le rendez-vous des mécontents. Le pouvoir s'inquiète. Une femme, la séduction qu'elle exerce autour d'elle - sa liaison avec Benjamin Constant est connue de tous y compris dans l'entourage de Bonaparte - un salon, une puissance non négligeable sont autant de raisons de se méfier.

Les idées de Madame de Staël se propagent rapidement. Un nouveau livre, édité en 1800 : De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, traite de l'évolution des sociétés, des genres littéraires. Le droit absolu de l'écrivain à sa liberté est une idée que le Premier Consul ne peut accepter. Et qui lui fait peur. C'en est trop : il faudrait interdire à l'auteur de publier. Bonaparte commence à voir partout autour de lui l'empreinte de Madame de Staël. Ses principaux rivaux, dont Bernadotte, ne fréquentent-ils pas son salon ?

Delphine, roman qu'elle publie en 1802, fourmille d'idées sociales, politiques et religieuses qui l'exaspèrent. Le Premier Consul fait savoir à Madame de Staël qu'elle est indésirable dans la capitale; comme elle persiste, il lui donne ordre, le 15 octobre 1803, de se tenir à quarante lieues au moins de Paris jusqu'en 1810.

Madame de Staël émigre. L'hostilité que lui manifeste Napoléon la rend célèbre. Bien des portes s'ouvrent devant elles. En Allemagne, les Cours souveraines lui réservent un accueil digne d'un chef d'Etat.

La rencontre des plus grands intellectuels allemands est déterminante : Goethe, Schiller, Schlegel (qui devient le précepteur du jeune Auguste de Staël, son fils) sont ses amis. Peu à peu, le "groupe de Coppet", qui date du premier exil en Suisse, s'agrandit considérablement. Madame Récamier s'y joint. Les différents membres viennent d'horizons très divers. Dans ce salon, c'est l'idée même de pluralité des nations, concept si important par la suite, qui se forge. On met en pratique, dans le cadre idéal de Coppet, le cosmopolitisme des Lumières.

A la suite de menaces de plus en plus concrètes, elle s'installe en Allemagne en 1808 et recommence à écrire. En 1810, De L'Allemagne est terminé. Madame de Staël revient alors incognito à Paris pour faire imprimer l'ouvrage. Mais Fouché, le ministre de la police, fait saisir la totalité de l'édition. Deux mille exemplaires sont brûlés. Coup terrible pour l'écrivain. Il ne sera publié que trois ans plus tard, à Londres. En attendant, elle est assignée à résidence à Coppet, étroitement surveillée, avec interdiction de publier quoi que ce soit. Napoléon fait même écrire à Schlegel pour lui interdire de revoir Madame de Staël. Il empêche le jeune Auguste d'entrer à l'Ecole Polytechnique.

En 1812, après avoir épousé M. de Rocca, un jeune officier suisse, elle s'enfuit. Depuis longtemps, elle rêvait de l'Angleterre, seul pays à ses yeux capable d'incarner la véritable liberté. Mais des fuites contraignent Madame de Staël à changer ses plans : elle gagne Vienne, la Russie, la Suède, et enfin l'Angleterre. En Russie, l'écrivain est reçue chaleureusement par Pouchkine le jour même où la Grande Armée franchit le Niémen.

Fin septembre, elle arrive à Stockholm où l'attend Bernadotte, l'ami de longue date devenu prince héritier de Suède et régent du royaume. La lutte contre l'Empereur prend une nouvelle ampleur. L'enjeu : préserver l'esprit des Lumières. Partout Madame de Staël tente de stimuler l'ardeur des ennemis de Napoléon.

A Londres elle rencontre le futur roi Louis XVIII en qui elle veut voir l'homme capable de réaliser la Monarchie Constitutionnelle idéale. Lucide, elle perçoit la désastreuse influence que vont avoir sur le roi les émigrés arrogants.

A la Restauration, elle se fixe définitivement en France. La fin de sa vie sera occupée à la rédaction des Considérations sur la Révolution française (1818), ouvrage de synthèse et de réflexion. Fidèle à elle-même, elle clôt le livre par un appel à la liberté. Ces Considérations ouvrent une voie, celle du romantisme actif qui s'oppose à celui des regrets et de la nostalgie : la perfectibilité de la société, thème éternel, y est inlassablement affirmée.

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