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Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent
(1754 - 1838)

portrait

L'un des plus habiles diplomates de tous les temps. L'un des plus roués aussi. Il a été indispensable à Napoléon.

"La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée". Charles-Maurice de Talleyrand, l'auteur de ces paroles, a servi tous les régimes entre 1789 et 1838.
Issu d'une famille française noble, Talleyrand est victime à l'âge de 4 ans d'un accident qui le rendra boîteux. La carrière des armes lui étant de ce fait interdite, son père, lieutenant général du roi, le dirige vers les ordres. Durant ses études au séminaire de St Sulpice, Charles-Maurice prononce ces paroles prophétiques : "On me force d'être écclésiastique, on s'en repentira !"

Néanmoins, grâce à l'appui de son oncle, futur archevêque de Reims, dès 1779, à l'âge de 25 ans, il est prêtre et agent général du clergé l'année suivante.

Le 2 novembre 1788, Charles-Maurice est nommé évêque d'Autun par le roi Louis XVI. Talleyrand fera un curieux écclésiastique : il mène une vie dissolue, contractant des dettes de jeu et connaissant déjà un grand succès auprès des femmes. Il fréquente notamment Adélaïde de Flahaut dont l'époux reconnaîtra le petit Charles né en 1785 de la liaison de sa mère avec Talleyrand. L'évêque d'Autun propose à l'Assemblée Nationale, le 10 octobre 1789, la nationalisation des biens de l'Eglise.

Le 26 février 1790, il est élu président de l'Assemblée. Le14 juillet de la même année, il célèbre la messe de la Fête de la Fédération, première commémoration de la prise de la Bastille. Quand l'Assemblée vote, en septembre, l'obligation pour le clergé de prêter serment à la Constitution civile, Talleyrand se range au nombre des "jureurs", ce qui horrifie son oncle et le Pape Pie VI. Aussi, Talleyrand donne sa démission d'évêque, non sans avoir au préalable sacré deux prélats constitutionnels qui à leur tour en sacreront d'autres (53 en un mois !).

En 1792, il est envoyé à Londres par le gouvernement, en mission diplomatique. Il revient en France le 15 juillet et peu après, le 10 Août, dans un texte, justifie la déposition du roi qui vient d'être enfermé au Temple.

Vient la Terreur. Talleyrand estime prudent de s'éloigner. Il repart pour Londres, non sans avoir obtenu un passeport signé de Danton. En effet, l'armoire de fer découverte aux Tuileries peu de temps après dans l'appartement de Louis XVI recèle des papiers qui le compromettent et un acte d'accusation est dressé contre lui en décembre 1792.

En 1794, chassé d'Angleterre, il part pour les Etats-Unis où il vivra de spéculations. En juin 1795, il adresse une pétition à la Convention où il clame ses sentiments républicains. Grâce à l'appui de Barras, de l'abbé des Renaudes et surtout de Mme de Staël, il peut revenir à Paris le 21 septembre 1796 . Il obtiendra même du Directoire le portefeuille des Affaires étrangères le 18 juillet 1797.

C'est l'époque des grandes victoires de Bonaparte pendant la première campagne d'Italie. Talleyrand entre en contact avec lui par correspondance avant de le rencontrer pour la première fois le 6 décembre 1797, le lendemain du retour du général à Paris. A ce moment, a-t-il déjà entrevu la personnalité réelle du général Bonaparte? Certaines déclarations qu'il fait à l'époque permettent de le supposer.

Toujours est-il qu'il donne une fête en l'honneur de Joséphine et encourage Bonaparte dans ses projets égyptiens. En son absence, Talleyrand, devenu impopulaire, offre sa démission au Directoire, le 13 juillet 1799. (On comprendra plus tard que lorsque Talleyrand donne sa démission, c'est toujours mauvais signe pour le gouvernement en place).

Quand Bonaparte revient à Paris, c'est Talleyrand qui organise les rencontres entre le général et Sieyès, préliminaires au coup d'Etat du 18-Brumaire. En récompense, il redevient ministre des Relations extérieures sous le Consulat. Napoléon apprécie son "insolence toute princière" et son maintien empreint de dignité, qui donne un certain cachet à son gouvernement.

En 1802, après la promulgation du Concordat, le Pape dispense Talleyrand de dire la messe et ce dernier affecte de voir là l'autorisation d'épouser sa concubine, Mme Grand.

Talleyrand conseillera toujours à Napoléon une politique étrangère souple. Il prône une alliance autrichienne et juge que la paix ne sera pas possible en Europe tant que les armées françaises seront au-delà du Rhin et des Alpes. Napoléon ne suivra pas ses conseils. Talleyrand signe en décembre 1805, après la victoire d'Austerlitz, le traité de Presbourg, dont il désapprouve pourtant les conditions très dures imposées aux Autrichiens.

Ses services lui vaudront - outre les dessous-de-table qu'il se fait verser par ses interlocuteurs diplomatiques - la fonction lucrative de Grand Chambellan en 1804, après le sacre et le titre de prince de Bénévent en juin 1806.

Il poussera aussi son maître dans des entreprises pas toujours heureuses. C'est lui qui aurait été l'instigateur de l'assassinat du duc d'Enghien, au début de l'année 1804. Mais c'est lui, aussi, qui soufflera à Napoléon l'idée d'une monarchie héréditaire et plus tard lui conseillera d'épouser une princesse autrichienne. C'est lui encore qui soulignera les dangers d'avoir des Bourbons sur le trône comme voisins en Espagne.

Dès 1806, Talleyrand juge que Napoléon court à sa perte; nommé vice-Grand électeur l'année suivante, il abandonne son poste de ministre des Relations extérieures. Cependant, Napoléon continue de faire appel à ses conseils. Le 24 septembre 1808, lors de la rencontre d'Erfurt, Talleyrand joue le rôle d'un étrange ambassadeur : il assure le représentant autrichien qu'il fera tout son possible en sa faveur et prévient le tsar contre les "visées expansionnistes" de Napoléon.

En janvier 1809, à l'occasion de l'affaire d'Espagne, Talleyrand, qui accueille pourtant les princes espagnols dans sa propriété de Valençay, désapprouve publiquement la politique de l'Empereur et se rapproche ostensiblement de Fouché, son ennemi juré. Cela lui attire les foudres de l'Empereur qui, rentré précipitamment à Paris, l'invective violemment pendant plus de trois heures pour conclure, excédé par son apparente impassibilité : "Tenez, vous êtes de la m… dans un bas de soie !".

Dès lors, Talleyrand ne s'embarrassera plus des formes pour le trahir. Il entretient une relation suivie avec Metternich, ambassadeur d'Autriche à Paris, qu'il informe des intentions de l'Empereur et même des mouvements de troupes. Cependant, il conserve toujours un ton caressant vis-à-vis de l'Empereur qui lui offrira plus tard l'hôtel de Varennes. A cette époque, il devient l'amant de la duchesse de Courlandes; plus tard, il lui préfèrera sa fille, devenue sa nièce par son mariage avec Edmond de Périgord.

Pendant la campagne de Russie, en 1812, les partisans du rétablissement des Bourbons trouvent en lui une oreille complaisante. Le 31 mars 1814, les Alliés occupent Paris. Talleyrand héberge le tsar Alexandre et plaide la cause des Bourbons. Il est élu président du gouvernement provisoire par le Sénat et le lendemain, il vote la déposition de Napoléon au profit de Louis XVIII, qu'il accueillera lui-même, ayant assuré la transition.

A nouveau ministre des Affaires étrangères, il part le 16 septembre de la même année pour le Congrès de Vienne où il jouera un rôle prépondérant. Grâce à son immense habileté diplomatique, il parvient à faire reconnaître la France comme une grande puissance et obtient une paix honorable pour son pays.

Cependant, les ultra-royalistes proches du roi n'apprécient pas beaucoup Talleyrand. Le 20 septembre 1815, ce dernier est remercié. Il demeure à l'écart du pouvoir jusqu'en juillet 1830 où il intervient pour favoriser l'accession de Louis-Philippe au trône. Ce dernier le nomme ambassadeur de France à Londres. A 76 ans, Talleyrand part à nouveau en mission diplomatique. Il connaît là-bas un triomphe certain et des succès diplomatiques. Au cours de l'année 1832, l'amitié franco-anglaise est devenue une véritable alliance, cimentée le 22 avril 1834 par la signature de la Quadruple Alliance, réunissant la France et l'Angleterre à l'Espagne et au Portugal. Sur ce coup de maître, Talleyrand s'efface quelques mois plus tard de la scène politique, cette fois définitivement.

Mirabeau a eu ce jugement terrible : "Pour de l'argent, Talleyrand vendrait son âme, et il aurait raison car il troquerait son fumier contre de l'or".

Deux siècles plus tard, Talleyrand continue de susciter des interrogations. Lui-même s'est défendu, dans ses Mémoires, d'avoir toujours servi loyalement la France, dans quelque situation qu'elle se trouvât.



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