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Alexandre-Louis Andrault
(Paris 1763, Odessa 1831)

portrait

Thierry Rouillard - Editions La Vouivre

JOURNAL OF THE 1805 CAMPAIGN, AUSTERLITZ
The unpublished journal of Alexandre Andrault de Langeron

Alexandre-Louis Andrault de Langeron, naquit à Paris le 13 janvier 1763 -1-.
Il mourut à Odessa, victime du choléra, le 4 juillet 1831.

Carrière militaire

Sous-lieutenant à l'âge de quinze ans aux gardes françaises, il servit sous les ordres de Viosménil à Caracas et à Saint-Domingue (1782-1783). Nommé capitaine au régiment de Condé-dragons peu après la paix, il passa colonel en second au régiment de Médoc (1786), puis colonel surnuméraire au régiment d'Armagnac (1788).

Il se rend en Russie en compagnie du prince de Nassau en 1789. En mai 1790, il propose ses services à Catherine II et participe aux campagnes de 1790 et 1791 contre les Suédois et les Turcs. Lors de sa première campagne au service de la Russie, il se bat contre les Suédois sous le prince de Nassau qui commande une flottille de dix chaloupes-canonnières, et participe à la victoire de Viborg. Après la défaite russe de Fredericksam, il reçoit la croix de Saint-Georges. Il sert sous les ordres de Potemkine au siège d'Ismaïl contre les Turcs. Blessé à la jambe lors de l'assaut de la forteresse (21 décembre 1790), il passe en mai 1791, en qualité de colonel, sous les ordres du prince Repnin, commandant les troupes de Moldavie, et participe à la bataille de Matschin.

L'année suivante, il entre comme volontaire à l'armée du prince de Saxe-Teschen dans les Pays-Bas, puis à l'armée des princes en Champagne. De retour à Saint-Pétersbourg, il est envoyé avec le duc de Richelieu comme observateur, pour le compte de la Russie, près du prince de Saxe-Cobourg qui commande l'armée autrichienne dans le Nord et dans les Flandres (campagnes de 1793 et 1794). Il prend ensuite le commandement du régiment de grenadiers de Petite-Russie (1794).
Sous Paul Ier, il devient général-major (1797), puis lieutenant-général (1799), quartier-maître général en Courlande, inspecteur d'infanterie, chevalier de l'ordre de Sainte-Anne et comte de l'Empire par oukase du 29 mai 1799.

À la fin de la campagne de 1805, Langeron subit une première disgrâce. Après avoir offert sa démission, qui n'est pas acceptée, il se rend à Odessa chez le duc de Richelieu.

De 1807 à 1811, il sert à nouveau, le long du Danube, contre l'armée turque. En 1811, il exerce pendant quelques mois le commandement suprême de l'armée de Moldavie.

Après la paix (mai 1812), il commande contre les Français un corps sous les ordres de l'amiral Tchitchakov, qui marche de la Valachie vers la Lithuanie. Il poursuit les restes de l'armée française de la Bérésina à Vilna, puis jusqu'à la Vistule.

En mars 1813, il est chargé du siège de Thorn, et participe à la bataille de Bautzen. À la fin de l'armistice (août 1813), il prend le commandement d'un corps de trente cinq mille hommes, sous les ordres de Blücher (trois corps d'infanterie et un corps de cavalerie), il combat sur la Bober, à Lœwenberg (contre Napoléon), à Goldberg (contre Macdonald) et à la Katzbach. En septembre, son corps d'armée franchit l'Elbe et marche sur la Saale, avec ceux de Yorck et de Sacken, également sous les ordres de Blücher. Il sert ensuite à l'armée du Nord, sous les ordres de Bernadotte et participe à la bataille de Leipzig.

Le 1er janvier 1814, il passe le Rhin à Kaul, bloque Mayence pendant deux mois (janvier et février 1814), puis entre en France. De nouveau sous les ordres de Blücher, il défend Soissons, combat à Reims, Châlons et Laon. Le 29 mars, il occupe Le Bourget et repousse les avant-postes français à La Villette. Le lendemain, il emporte d'assaut avec le général Rondzevitch les batteries de Montmartre.

De retour en Russie après la paix, il commande un corps de soixante-dix mille hommes en Volhynie et reçoit l'ordre de Saint-André.

Lors de la campagne de Belgique, en 1815, il marche à nouveau sur le Rhin et prend position en Alsace et en Lorraine dont il bloque les forteresses jusqu'à la paix.
Peu après, Langeron est nommé gouverneur général de la Nouvelle-Russie (Odessa) en remplacement du duc de Richelieu (1822). Après une seconde disgrâce qui prend fin à l'avènement de Nicolas Ier, il est nommé commandant des troupes russes de Valachie et combat contre l'armée turque (1828).

Vie civile

Il se maria trois fois: en 1784 avec Marie-Diane Maignard de La Vaupalière, en 1804 avec Anastasia Natalia Troubetzka, veuve du major Kachinzov, en 1819 avec Louise Brummer. Il donna naissance à une fille, Diane morte en 1816, et à un fils naturel, Théodore Andrault (1804-1889) née d'Angèle Djerjanowska, anobli par lettres patentes du 2 avril 1822, conseiller privé de l'empereur de Russie et sénateur.

Pendant la Révolution, il écrivit pour L'Ambigu de Londres, et collabora aux Actes des Apôtres. Il signa également des pièces de théâtre: Masaniella, Rosamonde, Marie Stuart et une comédie, le Duel supposé, jouée en 1789. Brifaut, qui avait connu l'auteur en France avant son départ pour la Russie, resta jusqu'à sa mort en correspondance avec lui.

Après le Dix-huit brumaire, il obtint sa radiation de la liste des émigrés (2 novembre 1801). En 1802, il voyagea à Vienne et chercha à gagner la France avec le comte de Damas et le duc de Richelieu mais n'obtint pas ses passeports.

En 1827, avec l'appui de son cousin Maxence de Damas, alors ministre de Charles X, il sollicita sa nomination à la pairie, qu'il n'obtint pas.

Portraits de Langeron

Dans une lettre du 13 juillet 1790, Genet ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, évoque son comportement pendant la guerre contre les Suédois: "Il a fait des prodiges de valeur [...]. Il a décidé en partie du sort de la première affaire, et si tout le monde avait suivi son exemple, la seconde aurait eu une issue bien différente." -2-

En 1812 Langeron commande un corps d'armée sous Tchitchagov. Le capitaine de Longuerue, aide de camp du général Lauriston pendant son ambassade en Russie, l'a décrit comme "bon général, très bon ingénieur, pas très aimé à la cour, d'où son avancement difficile après le combat de Rutsuk le 4 juillet; fortune modeste..." -3-

Le comte de Puymaigre, rencontre Langeron en 1815, à son quartier-général de Pont-à-Mousson. Il en fait le portrait dans ses Mémoires -4-:

"Ce général, par ses formes, sa distinction, rappelait parfaitement un grand seigneur français, et son long séjour en Russie ne lui avait pas fait perdre l'air d'un courtisan de Versailles. […] "Il y avait du caractère français jusque dans [ses] épigrammes."
Il avait un esprit caustique en effet, et cet esprit qui dénigre et tranche se retrouve dans les nombreux portraits de généraux russes du journal de la campagne de 1805.

La campagne de 1805

En 1805, il participe à la campagne de Moravie, à la tête de la seconde colonne de l'armée de Buxhœwden, placée sous les ordres de Kutuzov à partir de novembre 1805.
À Austerlitz, il combat tout d'abord au centre de l'aile gauche de l'armée russe, devant et derrière Sokolnitz, puis, avec la brigade Kamensky, il tente de freiner l'avance française sur le plateau de Prazen. L'attitude de Buxhœwden, qui suit les instructions de l'état-major sans tenir compte des événements, l'exaspère. À Buxhœwden qui affirme: "Mon cher ami, vous voyez des ennemis partout!" Langeron aura le malheur de répondre vertement: "Vous, Monsieur le comte, vous n'êtes plus en état d'en voir nulle part!" Après la retraite, celui-ci écartèlera son subordonné dans son rapport à Kutusov. Langeron sera disgracié et se montrera donc impitoyable dans son journal avec ses persécuteurs.

Signalons également que certaines relations françaises signalent la présentation de Langeron prisonnier à Napoléon à la fin de la journée d'Austerlitz, cette affirmation, que contredit totalement le journal que nous présentons, repose sans doute sur une confusion entre divers émigrés qui, comme le comte de Wimpfen, furent fait prisonniers -5-.

Notes

· -1-. Nous tirons ces renseignements des articles du dictionnaire biographique de Michaud (Tome 23), de la préface de Léonce Pingaud à L'Invasion austro-prussienne et du Dictionnaire des officiers de l'armée royale, de Gilbert Bodinier.

· -2-. Son courage est également cité par Rochechouart, Souvenirs sur la Révolution, l'Empire et la Restauration. Nouvelle édition non expurgée établie sur le manuscrit original. Paris, Plon, 1933 (pp. 113 sq., 170-171).

· -3-. Ses papiers ont été pris par les cosaques pendant la retraite de la Grande Armée. Ce texte a été publié dans la revue historique "Rodina" ("La Patrie"), numéro 6-7, 1992.

· -4-. Puymaigre (Alexandre de, 1778-1843): Souvenirs sur l'émigration, l'Empire et la Restauration, publiés par le fils de l'auteur. Paris, Plon, 1884 (p. 201-203).

· -5-. Voir par exemple, les Mémoires du général Auguste Petiet (Paris, SPM, 1997) et du même les Souvenirs militaires (Paris, 1844). Dans ce dernier ouvrage, Petiet dit même avoir revu Langeron en 1814, et lui avoir remis à l'esprit ce mauvais souvenir (p. 36-37). Signalons cependant que la conversation entre Napoléon et Langeron censée avoir eu lieu le 2 décembre, ressemble beaucoup à celle entre Wimpfen et Napoléon, citée par Saint-Chamans dans ses Mémoires.

Bibliographie

- Journal inédit de la campagne de 1805, Austerlitz, édition établie par Thierry Rouillard, Paris, La Vouivre, 1998, 1 vol. X-216 p. cartes.

- L'invasion austro-prussienne (1792-1794). Documents publiés pour la société d'histoire contemporaine par Léonce Pingaud. Paris, Picard, 1895, 1 vol. XVI-317 p.

- Mémoires de Langeron, général d'infanterie dans l'armée russe, campagnes de 1812, 1813, 1814, publiés pour la Société d'histoire contemporaine par L. G. F. Paris, Picard, 1902, in-8°, CXX-524 p.

- Mémoires du comte de Langeron: Austerlitz, campagne de Russie, bataille de Paris, dans la Nouvelle Revue Rétrospective, 1895, pp. 289-360.

- Mémoires inédits du marquis de Langeron: 1813, Bautzen-Dresde-Leipzig, dans la Lecture Rétrospective, mars-avril 1896.


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