La peinture des figurines 25 m/m
par Laurent Deneu - Ludomania.
La méthode que je vais décrire ici ne prétend pas être la meilleure qui soit : elle constitue simplement à mes yeux, et à eux seuls, j'en accepte totalement l'idée, le compromis idéal entre temps passé et résultat obtenu.
Elle me sert pour mes figurines 25 m/m, et n'ayant pas encore tâté du 15 m/m, je ne suis pas en mesure d'affirmer qu'elle est applicable à cette échelle. Mais je ne vois pas ce qui s'y opposerait.
Introduction.
L'idée qui préside à la réalisation de figurines pour "jeux de guerre" est fondamentalement différente de celle qui anime le figuriniste classique, que j'appellerai figuriniste "expo".
En effet, la figurine de "jeux de guerre" ou jeu d'histoire est faite pour être manipulée. Chose qui entre assez rarement, il faut bien le dire, dans les plans du figuriniste "expo" du type courant.
De plus, la figurine du jeu d'histoire n'est, en général, pas une pièce unique, mais entre dans la composition d'unités plus ou moins étoffées, ce qui apporte un bonus indéniable sur le plan visuel, mais incite à traiter chaque pièce comme le simple élément d'un tout, et donc à y accorder moins de temps.
Est-ce à dire que l'on peut se permettre de n'apporter à la réalisation de chaque figurine qu'un soin minimum et peu de souci du détail ?
La réponse est oui, indiscutablement. Et bien des joueurs font manoeuvrer de belles unités dont chaque membre n'a qu'une ébauche de visage, un uniforme sommaire, des couleurs distinctives simplement suggérés, et un équipement symbolique.
Cependant, d'autres joueurs prennent plaisir à essayer d'être aussi un peu figuriniste et tâchent d'apporter à la réalisation de leurs figurines du soin et de la précision, autant que l'échelle choisie le permet.
Cela prend plus de temps, requiert davantage de recherches historiques et uniformologiques, mais ce qui peut paraître fastidieux à certains, constitue une part importante du plaisir et de la satisfaction éprouvés.
Voyons un peu, comment s'y prendre pour constituer une armée.
L'échelle.
Les deux principales échelles utilisées en jeu d'histoire sont le 25 m/m et le 15 m/m, ces mesures désignant la hauteur de la figurine à pieds.
Pour certains fabricants, cette hauteur est prise de la tête nue aux pieds, alors que pour certains autres, le couvre-chef est pris en compte, d'où une certaine disparité dans les statures.
Mais si le panache de figurines de marques disparates au sein d'une même unité est à déconseiller, la nuance "sur le terrain" entre deux unités homogènes constituées de figurines de marques différentes est peu perceptible. D'autant que le socle sur lequel repose la figurine est toujours standardisé.
Le soclage.
Après avoir soigneusement ébarbé les figurines constituant une unité, (j'entends d'ici les soupirs ennuyés de certains !), Je les colle à la simple colle à bois sur des rectangles de carton mince mais rigide, type boite à chaussures.
La dimension de ces socles n'est pas le fruit du hasard : elle est généralement donnée par la règle du jeu choisie pour exercer nos talents de tacticien.
En ce qui me concerne, les règles (Les Trois Couleurs, Le Dernier Carré) sélectionnées par le club (Ludomania à Attiches 59) dont je suis membre, imposent des soclages quasi similaires : 15 x 25 m/m pour l'infanterie, et 30 x 40 m/m pour la cavalerie.
Certains cas particuliers sortent de ces normes, par exemple les unités "en tirailleurs", et il convient donc de bien lire les règles du jeu avant même de commencer à constituer son armée.
Une fois la colle sèche, nous pouvons recouvrir la surface du socle d'une mince couche d'enduit genre polyfilla qui figurera le sol.
Attention à ne pas recouvrir les pieds de vos sujets. Tous les champs de bataille n'étaient pas recouverts de boue ! Certains courageux, ou farfelus, au choix, ajoutent quelques éléments de décors, herbes-poils de balais, cailloux-litière à chat, etc....
Pour simplifier le transport et les manipulations sur le champ de bataille, nous avons, au club, adopté le système suivant. Nous nous procurons, avec difficulté, le seul fournisseur que nous connaissions étant lyonnais, du caoutchouc aimanté. Il s'agit d'une feuille de caoutchouc d'environ 1 m/m d'épaisseur, dont une des faces est magnétique. Après en avoir découpé aux dimensions requises, je colle à la colle à bois toujours, des rectangles de ce matériau sous mes socles, face aimanté vers le bas, évidemment.
Les figurines ainsi équipées adhèrent suffisamment aux plaques de tôle servant de support à l'unité entière. Ces plaquettes sont découpées dans de la tôle mince, éventuellement contre collées sur des plaquettes de carton de dimensions identiques, puis peintes en vert. Il est astucieux d'ajuster les dimensions de ces "super socles" à la formation la plus fréquemment adoptée par l'unité sur le champ de bataille. Ainsi, non seulement les mouvements sur la table de jeu sont simplifiés, mais aussi on y gagne en facilité de transport, sécurité, (finies les salades de figurines au fond d'une boite), et en rapidité de mise en oeuvre et de rangement.
Sous couche.
Toutes ces opérations effectuées, vient le moment de passer à la peinture proprement (!) dite.
Le premier stade, obligatoire, est le sous-couchage, qui est à la fois une couche d'apprêt protecteur, et dans mon cas, un élément essentiel de l'aspect final.
En effet, contrairement à ce que pratiquent (à ma connaissance) tous les figurinistes "expo", je pose une sous couche noire mate sur la totalité de mes figurines.
Cette peinture noire, peinture à maquettes classique ou acrylique, sera posée au pinceau, ou mieux, à l'aérographe. Je me méfie de la peinture en bombe, qui à mon sens empâte trop les détails de gravure. Et puis ça fait des trous inesthétiques dans la couche d'ozone m'ont dit des gens bien informés.
Peinture.
Pourquoi du noir ? Tout simplement parce que cela résoud correctement à cette (ces) échelles le problème de l'ombrage.
En effet, lors de la pose des teintes finales, il suffit de laisser aux endroits adéquats un mince filet de la teinte du fond, et nous obtenons un sur lignage immédiat. De plus, il n'est pas nécessaire de contorsionner son pinceau pour atteindre les recoins les plus inaccessibles, comme les faces antérieures des sacs à dos ou les espaces entre bras et fusil, car le noir qui s'y trouve est idéal pour donner l'impression de relief.
Bien sûr, cette façon de faire exige du doigté, et la peinture à l'huile me semble indispensable pour la précision qu'elle autorise, mais cela est certainement moins ardu que d'aller rajouter des filets de teinte foncée entre les baudriers, franges d'épaulettes, ouverture de cols, etc....
Mais, me demanderez-vous, la sous couche noire ne ternit-elle pas les teintes définitives ? Et bien je ne l'ai pas constaté, et toutes mes couleurs paraissent, en pratique, aussi vives qu'avec toute autre sous couche. Cela est vraisemblablement dû à l'effet d'échelle.
Le visage.
Sur la plupart des figurines à cette échelle, la gravure du visage est assez précise. Certaines faces sont quand même parfois quasi invisibles, entre visière de coiffure rabattue, jugulaires envahissantes, collet géant, etc....
Nous allons donc étaler sur toute la surface de peau visible, sans oublier les mains, dans la mesure où elles ne sont pas gantées, évidemment, notre mélange de jaune de mars, blanc et terre de sienne brûlée. En travaillant dans le frais, nous ajoutons de la terre de sienne brûlée pure, dans les creux.
Les reliefs, arête de nez, pommettes, menton, seront traités au blanc pur. Une pointe de blanc pour marquer l'oeil.
A la terre d'ombre brûlée, nous figurons la pupille et le système pileux. Nous éclairons moustaches et favoris de quelques "poils" blancs qui donneront du relief à notre visage.
Toute cette opération ne me prend guère plus de cinq minutes par visage, soit une heure pour une unité de douze personnages.
Cela paraîtra trop élaboré à certains et ridiculement succinct à d'autres, mais je vous renvoie au préambule de cet exposé.
Maintenant que nos personnages ont un petit peu pris vie, il convient de les habiller et de les équiper.
L'uniforme.
Je commence toujours, c'est une habitude personnelle, par le blanc, et en travaillant d'abord les éléments les plus saillants pour terminer par les éléments du fond.
C'est à dire que, pour prendre l'exemple d'un fantassin français napoléonien typique, je commence par la banderole porte-giberne, puis je continue par celle qui porte le sabre, puis je peins les courroies du havresac, puis les revers de l'habit, puis le gilet, puis, s'il y a lieu, culotte ou pantalon, et finalement, les éventuels cordons et raquettes de la coiffure.
Cette façon de faire permet de laisser plus facilement en place les filets noirs qui sépareront tous ces éléments.
D'ailleurs, sur mes figurines, les plastrons des habits de résument le plus souvent à de tout petits triangles blancs, tout juste suggérés.
Attention, il est possible que le blanc ne soit pas assez couvrant. Il ne sert à rien de mettre une couche épaisse, le résultat serait désastreux, mais une deuxième couche rapide lors du fignolage donnera toute satisfaction.
Je profite de ce que je suis avec le blanc pour sous couche le bois du fusil : nous en verrons l'utilité plus loin.
Après le blanc, je pose les couleurs distinctives, parements, retroussis, collets, passepoils, etc....
C'est à ce stade que je pose les couleurs métalliques, cuivre et argent, j'aurai pu tout aussi bien débuter par là, et ce, toujours pour ce problème de réserve noire à prévoir.
Je dois signaler que, certains parleront de paresse, je me dispense de figurer les boutons, car à cette échelle...
Vient alors le moment de peindre la couleur de fond de l'uniforme. Cela peut paraître délicat de remplir des vides en laissant un liseré noir, mais l'habitude se prend vite, et l'on s'aperçoit que c'est une opération qui ne prend vraiment pas beaucoup de temps.
Ne restent plus que les accessoires, tels que havresac, surmonté de son manteau roulé, fourreau d'armes, etc....
Je finis par le fusil. J'en peints le bois à la terre de sienne brûlée, en couche très fine et étirée, ce qui, avec la sous couche blanche posée précédemment, donne une teinte chaude plaisante à l'oeil.
Le canon et la platine sont traités à la teinte "aluminium" de chez Humbrol, qui donne une nuance gris métallisée moins clinquante que la teinte "argent".
En ce qui concerne la baïonnette, je me contente de gratter la couche de peinture qui la recouvre avec un cutter. Ainsi, l'alliage dont est fait le modèle apparaît, poli, et moi je trouve ça beau.
Il me parait souvent utile de repasser sur les grandes surfaces qui doivent rester noires, une rapide couche de gouache sur le mat du fond qu'il m'arrive même, lorsque je suis d'humeur badine, d'éclairer sur les reliefs avec un petit peu de blanc. C'est rapide, pas cher et ça fait taire les critiques.
L'ultime finition consiste à peindre le "sol" avec un jus de terre d'ombre brûlée, piquée d'un peu de vert éclairé au blanc et au jaune.
Le vernis que l'on peut juger utile, voire indispensable en cas manipulations fréquentes, attendra quelques semaines.
Le cavalier.
Le principe est exactement le même, mais comme par définition, le cavalier ne touche pas le sol, il n'a pas de socle, ceci entraîne un problème de manipulation, lors de la peinture.
Je résous ce problème d'une manière peu élégante mais efficace.
En effet, je perce avec une fine mèche un trou au niveau du fondement de mon personnage, dans lequel j'enfonce, en forçant un peu, une allumette. Je dispose ainsi d'une sorte de poignée commode à tenir, et que je peux ficher dans de la pâte à modeler lors du stockage en cours de travail.
Lorsque le cavalier sera totalement peint, après avoir enlevé l'allumette, je le colle sur sa selle avec de la colle à bois.
L'orifice pratiqué de façon quelque peu discourtoise est alors totalement insoupçonnable et l'honneur est sauf.
Le cheval.
La méthode que j'emploie pour la peinture du cheval est quelque peu différente de celle décrite pour son compagnon humain.
La sous couche est la même, mais au lieu de peinture à l'huile, je préfère couvrir la robe de l'animal de peinture pour maquettes.
Cela va plus vite sur des surfaces importantes. Attention à bien laisser le harnachement en noir.
Sur cette couche de base, une bonne couche de vernis brillant qui doit être bien sec pour la suite. La suite consiste en un lavis de terre d'ombre brûlée, ou de noir selon le cas, puis, avant que ce lavis ne soit entièrement sec, un combiné dry-brush/glacis de teintes visant à éclairer les reliefs de la bête, à savoir une gamme allant du blanc pur au terre de sienne brûlée en passant par le jaune de mars, le rouge breughel, etc....
La sellerie, elle, est peinte de la même manière que s'il s'agissait d'un uniforme.
Le socle reçoit le même traitement que celui du piéton.
Conclusion.
Il ne faut pas croire que se constituer une armée de jeu d'histoire représente une difficulté énorme. Ainsi qu'il a été dit, un travail plus sommaire peu rendre des résultats très plaisants à l'oeil.
Il revient à chacun de déterminer combien de temps il est disposé à consacrer à la formation de ses troupes, et quel plaisir il peut en retirer.
Car l'essentiel en la matière est bien de se faire plaisir.
Donc à vos pinceaux, et je vous donne rendez-vous à bientôt sur une quelconque morne plaine de feutrine.
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