Les régiments émigrés en Espagne / Emigrates regiments in Spain.
par Thierry Rouillard - Edition La Vouivre
L’armée portugaise
En 1801 elle est commandée par le duc de Lafões, de la famille royale de Bragance, maréchal général du royaume et âgé de plus de quatre-vingt ans. Il fut remplacé après la campagne de l’Alemtejo par le comte de Goltz, Prussien ayant été officier général sous Frédéric.
En 1802, le commandement passe au comte de Vioménil, émigré français, ancien officier en Russie, qui mourra maréchal de France en 1820.
L’armée portugaise se limitait à,
Infanterie 26.000 hommes
Cavalerie 4.000 hommes
Artillerie 20 pièces
Les régiments émigrés
Les régiments d’émigrés français soldés par l’Angleterre furent remis en ordre après la déroute du débarquement de Quiberon (1795) et la disparition de l’armée de Condé (1799). Progressivement, leur mission initiale - libérer la France de la révolution - se perdit dans les besoins de la politique anglaise. Trois d’entre eux furent dirigés vers le Portugal en 1801, pour soutenir une manifestation de l’armée portugaise sur ses frontières : le régiment de Castries, le régiment de Mortemart et le régiment de Loyal-Émigrant. Ils disposaient d’une compagnie d’artillerie composée elle aussi de Français.
Le régiment de Mortemart
Nous connaissons une partie de son histoire au Portugal grâce aux souvenirs de Louis-Victor-Léon, comte de Rochechouart :
- Souvenirs sur la Révolution, l’Empire et la Restauration par le général comte de Rochechouart. Paris, Plon, 1889, in-8°, XVI-542 p., portr.
- Souvenirs. Nouvelle édition non expurgée établie sur le manuscrit original. Paris, Plon, 1933, in-8°, VII-516 p., portr.
Le régiment de Mortemart était composé de mille hommes et avait pour colonel le duc de Mortemart, le marquis de Mortemart en était lieutenant-colonel.
Il portait l’uniforme rouge de l’infanterie britannique, à revers, parements et collet noirs, soulignés de galons de laine blanche, aux boutons d’argent marqué de trois lys. Le casque en feutre avec crête de fourrure noire s’ornait d’une cocarde blanche. Les plumets étaient verts pour les chasseurs, rouges pour les grenadiers, blancs pour les fusiliers. Le baudrier portait une plaque au nom du régiment, en français.
Rochechouart précise également que la compagnie des chasseurs nobles occupait la place des voltigeurs dans le déploiement habituel d’un régiment anglais. Les soldats de cette compagnie avaient rang et paie de sergent (34 sous par jour).
Campagne de l’Alemtejo
Juin-juillet 1801
À la fin du mois de juin 1801, le régiment de Mortemart embarqua à Lisbonne pour Porto. Après que les hommes soient restés à bord huit jours au mouillage, ce mouvement de troupes fut annulé.
Trois semaines plus tard, le régiment eut ordre de rejoindre l’armée portugaise à Elvas, situé à vingt cinq lieues de Lisbonne. Pour ce voyage ils embarquèrent sur le Tage pendant six lieues (24 km.), dans des barques contenant une demi-compagnie chacune. Le regroupement du corps d’armée eut lieu à Valada (1 jour). L’armée marcha ensuite jusqu’à Santarem (5 lieues en un jour).
Les troupes passèrent trois jours à Santarem où se forma la division d’avant-garde sous les ordres du général Frazer, composée de nos trois régiments d’émigrés (régiments de Castries, de Mortemart et Loyal-Émigrant), d’un régiment de cinq cents light-dragoons, et d’un bataillon d’artillerie commandé par le colonel Rothallier.
Le corps s’avança enfin jusqu’à Abrantès sur le Tage par une marche de deux jours. La division y resta trois jours puis rejoignit l’armée à Ocrato près de Portalegre.
Août-septembre 1801
Après quinze jours en campement face à l’ennemi espagnol et français retranché sur des hauteurs. Le repli fut organisé sur Abrantès sans que les hostilités ne soient déclarées, la division Frazer resta en arrière-garde avec, en soutien, un régiment de cavalerie lourde portugaise à quatre escadrons. Lors du déploiement de couverture, la cavalerie portugaise pris la fuite en apercevant des vedettes espagnoles. Inversement, le repli et les mouvements nécessaires à ce redéploiement furent perçus comme une attaque par les Espagnols qui se replièrent également...
Trois jours plus tard, de retour à Abrantès, l’armée prépara des retranchements le long du Tage pour couvrir le pont d’Abrantès.
Au bout d’un mois, la paix fut signé à Madrid sous l’égide de Lucien Bonaparte.
Cantonnements et licenciements, 1802
Les régiments de Castries et de Mortemart furent cantonnés à Luz, le régiment de Loyal-Emigrant à Cascaès près de Lisbonne, l’artillerie de Rothalier à Lisbonne.
Quatre mois après leur retour en Grande-Bretagne les régiments d’émigrés furent licenciés quand fut signée la paix franco-anglaise d’Amiens. Ils furent regroupés à Portsmouth pendant six semaines, les cantonnements du régiment de Mortemart étaient à Helsea-Barraks. Le régiment du vicomte de la Châtre, qui n’était pas au Portugal, mais lui aussi composé d’émigrés, fut également licencié.
À la même époque le régiment suisse de Watteville embarqua de Portsmouth pour Malte d’où il gagna les Indes au bout d’un an.
Conclusion
Histoire un peu plate que celle de cette campagne sans combat, sans héros ni victoire. On comprend mieux ce que devait penser Napoléon des armées portugaises et espagnoles qui fuyaient dès que l’ennemi amorçait un mouvement.
Cette " guerre d’Espagne avant l’heure " montre bien cependant les difficultés rencontrées alors pour faire se mouvoir des corps d’armée. Elle montre également comment la Grande-Bretagne a toujours su faire la guerre avec le sang et la sueur des troupes étrangères et coloniales, assimilant sur ce point Cipayes, Émigrés et Écossais.
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