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La campagne d’Andalousie
Errata
Nous vous prions de nous excuser pour les erreurs de dates survenues dans les pages IV et IX de la préface au volume XVI de notre collection : Dominique Vedel : Relations de la campagne d’Andalousie (1808).
Il faut lire en effet " juillet " et non " juin " dans les titres et commentaires, dont vous trouverez ci-dessous la version corrigée. Nous présentons ainsi un résumé et une chronologie de la campagne basés sur les études les plus sérieuses dont on trouvera l’analyse dans la bibliographie.
La campagne d’Andalousie
chronologie
[…] Castanos se serait écrié: "Comment votre Empereur a-t-il pu croire que nous lui abandonnerions l’Andalousie? nous nous fussions plutôt fait tuer jusqu’au dernier", le commandant Baste aurait répondu: "Et! quand à ça, l’Empereur s’en moque, pourvu qu’il lui reste les oliviers."
Mémoires du vice-amiral baron Grivel, Plon, 1914, p. 166.
Première capitulation des armées napoléoniennes, ou plutôt premier signe d’un essoufflement de l’épopée, la fin de la campagne d’Andalousie marque un tournant dans l’histoire de l’Empire et réunit, sur quelques semaines, tous les ingrédients qui feront de la longue et confuse guerre d’Espagne une fatale aventure. […]
Le 2e corps d’observation de la Gironde
Les troupes commandées par le général Dupont portaient la dénomination de 2e corps d’observation de la Gironde: elles comprenaient à l’origine trois divisions d’infanterie commandées par les généraux Barbou, Vedel et Frère, composées d’environ huit mille hommes chacune. Le corps comprenait également une division de cavalerie commandée par le général Fresia d’environ deux mille chevaux, quatre batteries à pied de huit pièces et une batterie à cheval de six pièces. Un bataillon de quatre cents hommes des marins de la garde (capitaine de vaisseau d’Augier), qui était destiné à la flotte française de l’amiral Rosily, bloquée dans Cadix par la flotte anglaise de l’amiral Purvis, devait faire route avec le corps. Toutefois les divisions Vedel et Frère furent dès l’abord maintenues à Madrid. La division Gobert originellement affectée au corps de l’Océan du maréchal Moncey, remplaça la division Frère, plus proche du corps de l’Océan. De même la brigade de dragons Privé, du corps de l’Océan, remplaça la brigade de cuirassiers Rigault dans la division Fresia. Enfin Dupont devait être renforcé à Tolède par une brigade suisse " espagnole " composée des régiments n° 1 (Reding) et n° 6 (Preux) venue de Talavera, elle comprenait quatre bataillons réduits en tout à mille cinq cents hommes par la désertion. Le général Schramm, qui en avait pris le commandement, fut mis sous les ordres du général Rouyer.
Ces modifications dans la composition du corps ainsi que les délais nécessaires à l’acheminement des troupes sont caractéristiques de ce qu’allait être la guerre d’Espagne. Nous donnons ci-dessous un calendrier des principaux événements et mouvements de troupes.
Résumé chronologique de la campagne d’Andalousie
Mai 1808
10 mai, Napoléon ordonne à Murat d’organiser le départ de Dupont pour Cadix.
23 mai, la division Barbou quitte Tolède. D’après les ordres de marche, les troupes du général Dupont devaient arriver à Cadix par échelons entre le 17 et le 21 juin.
24 mai, la première brigade de la division Vedel arrive à Tolède. La division Frère, qui remplace Mahler depuis le 9 mai, cantonne à l’Escurial.
29 mai, insurrection de Cadix et Séville. Le général Solano, accusé de sympathies pour les Français, est pendu.
31 mai, Dupont franchit la Sierra-Morena.
Juin 1808
2 juin, Dupont arrive à Andujar.
3 juin, l’avant-garde de Barbou éclaire la route de Cordoue. Dupont marche désormais en formation de bataille.
6 juin, bataille du pont d’Alcoloea. Entrée de Dupont dans Cordoue abandonnée par les Espagnols.
9 et 10 juin, l’escadre de Rosily est attaquée dans la baie de Cadix.
14 juin, à Cadix, l’escadre de Rosily capitule.
16 juin, Dupont se replie vers Andujar.
19 juin, la division Vedel part de Tolède pour rejoindre Dupont.
21 juin, la division Barbou et Dupont sont à Andujar, les états indiquent un effectif de neuf mille six cent soixante dix sept hommes, deux mille soixante seize chevaux et cinq cent quarante neuf malades (Titeux, tome II, p. 311).
25 juin, Murat, malade, quitte Madrid. Le commandement des troupes françaises en Espagne échoit à Savary.
26 juin, Castanos passe une revue générale de l’armée espagnole à Séville. Vedel franchit le défilé de Pena-Perros et combat les bandes d’insurgés qui l’occupent.
27 juin, Vedel reçoit le renfort de cinq cents hommes commandés par le général Roize et de mille hommes menés par le lieutenant de vaisseau Baste. Ces détachements avaient été envoyés par Dupont pour dégager les défilés.
30 juin, Castanos atteint Cordoue.
Juillet 1808
1er juillet, la première brigade de la division Vedel, du général Cassagne, part pour Jaën et y combat les 2 et 3 juillet contre les insurgés.
3 juillet, Gobert part de Madrid avec sa deuxième brigade (général Dufour) et six cents chevaux du 2e provisoire de cuirassiers.
8 juillet, les troupes de renfort s’échelonnent entre la Manche et Andujar: Gobert atteint Manzanarès, le général Lefranc Sainte-Hellène, le général Cavrois Santa-Cruz.
10 juillet, des états précis permettent de connaître l’effectif disponible (Titeux, tome II, p. 312-314 et 379).
| Division Barbou à Andujar |
5.746 h. |
| Division Vedel |
5.138 h. |
| Brigade suisse |
1.647 h. |
| Marins de la garde |
412 h. |
| Brigade de dragons Privé |
884 h. |
| Brigade de dragons Boussart |
451 h. |
| Brigade de chasseurs Dupré |
948 h. |
| 2e provisoire de cuirassiers |
600 h. |
| Artillerie |
850 h. |
| Génie |
106 h. |
| Division Gobert |
4.000 h. |
| Total |
20.800 h. |
Dont on peut retrancher trois ou quatre mille dispersés dans la Manche et la Sierra-Morena.
Vers la même date, Castanos dispose d’un effectif beaucoup plus important, mais qui reste discuté.
| 1re division Reding |
8.453 h. |
| |
817 cav. |
| 2e division Coupigny |
7.400 h. |
| |
453 cav. |
| 3e division Jones |
4.833 h. |
| |
582 cav. |
| 4e division La Pena |
6.268 h. |
| |
453 cav. |
| Total |
27.117 h. |
| |
2.260 cav. |
On peut ajouter à ses forces les troupes spéciales et irrégulières:
| Artillerie |
1.000 h. |
| Corps franc de Valdecanas |
5.000 h. |
| Corps franc de Cruz-Mourgeon |
2.000 h. |
| Total |
7.000 h. |
11 juillet, la division espagnole de Reding est à Porcuna entre Cordoue et Andujar.
13 juillet, les Français occupent les positions suivantes: Dupont, avec les divisions Barbou et Fresia, les marins de la garde, la brigade suisse, le général Lefranc (6e régiment d’infanterie provisoire), occupe Andujar; un bataillon est détaché à Villanueva de la Reina; Vedel tient Baylen; un régiment d’infanterie observe Mengibar, commandé par le général Ligier-Belair; des détachements tiennent La Caroline (général Cavrois, cinq cents hommes) et Linarès (deux escadrons de cuirassiers); le général Gobert est arrivé à Guaroman avec mille huit cents hommes seulement
Castanos occupe Arjonilla avec la division Jones, Reding se porte à l’est vers Mengibar. La division Coupigny lie les deux masses.
14 juillet, L’avant-garde de Reding (brigadier général Vénégas) observe le bac de Mengibar. Coupigny prend Villanueva faiblement occupé.
15 juillet, Castanos déploie l’artillerie de la division Jones et bombarde la tête de pont d’Andujar. Lefranc avec le 6e régiment d’infanterie provisoire chasse les troupes franches de Cruz-Mourgeon vers le nord-ouest d’Andujar. Reding attaque le détachement du général Ligier-Bélair qui tient le bac de Mengibar. Vedel rejoint Ligier-Bélair et repousse les Espagnols. Dupont demande à Vedel de lui envoyer "un bataillon ou une brigade."
16 juillet, Vedel renforce le détachement de Ligier-Bélair d’un bataillon et rejoint au matin Dupont avec le reste de sa division. La division Dufour est à Baylen. Castanos poursuit sa démonstration par une attaque en trois colonnes sur la tête de pont d’Andujar.
Reding attaque vigoureusement le général Ligier-Bélair, Gobert se porte à son secours mais est blessé mortellement. Les troupes françaises se replient à Baylen.
17 juillet, la division Dufour (ex Gobert) part vers La Caroline à la poursuite d’un ennemi dont elle ne connaît pas la position. Vedel revient à Baylen pendant la matinée. Il décide de suivre Dufour jusqu’à La Caroline.
18 juillet, Vedel est à La Caroline, réorganisant avec Dufour les postes de la Sierra-Morena et s’éclairant vers Linarès.
Reding et Coupigny entrent dans Baylen vers 9 h. du matin. À 18 h. 30. L’avant-garde de Dupont quitte Andujar. À 20 h. le centre du convoi se met en marche.
19 juillet, 2 h. 30. L’avant-garde de Dupont arrive au pont sur l’Haramblar ou Rumblar. L’arrière-garde de Dupont est encore à mi-chemin d’Andujar (10 km.).
Bataille de Baylen
3 h. Les Espagnols déploient une compagnie des gardes wallones, la 4e compagnie de sapeurs et le régiment provincial de Ciudad-Real, commandés par le général Grimarest, en soutien des postes de l’avant-garde. La hauteur de la Haza-Walona est occupée.
4 h. Le soleil se lève, Dupont rejoint l’avant-garde. La brigade Dupré et l’artillerie de la division Fresia, commandée par le capitaine Perdreau, se déploient.
4 h. 30. Le 1er régiment provisoire de chasseurs, brigade Dupré, prend position près du Petit-Zumancar [Montgardé commande le 1er escadron].
Ce régiment charge le régiment Farnesio, de la grosse cavalerie espagnole, et dans une seconde charge prend une partie de la batterie du centre espagnol. Le 2e régiment provisoire de chasseurs arrive en soutien. Les chasseurs sont repoussés par les régiments de la Reine et du Fijo de Céuta.
5 h. 30. La brigade Chabert, composée de deux bataillons de la deuxième légion, d’un bataillon suisse et de quatre pièces d’artillerie, se déploie.
6 h. La brigade Chabert attaque le centre espagnol. Les gardes wallones et les ordenes militares commencent un mouvement vers le Grand-Zumancar (Titeux, tome II, p. 473).
6 h. 30. Première charge des dragons et cuirassiers de la brigade Privé, arrivés peu avant, vers le Cerrajon.
Après le repli de Privé, Coupigny envoie ses régiments suisses, la 4e compagnie de sapeurs et le régiment de Jaën occuper le Cerrajon.
8 h. Poursuite du mouvement de l’aile droite espagnole vers le Grand-Zumancar, composée des bataillons Barbastro et Catalogne, des gardes wallones, des ordenes militares, des chasseurs d’Olivenza et de la cavalerie légère de Numancia et la Reina.
9 h. la brigade suisse (régiments Preux et Reding) finit de se déployer. Deux bataillons de la troisième légion et les sept pièces de la brigade Pannetier arrivent en ligne. Les deux bataillons de la garde de Paris et les marins de la garde, sous les ordres du général Barbou surveillent le pont de l’Haramblar.
10 h. Dupont appelle l’arrière-garde pour préparer l’avance de toute l’armée française sur le centre espagnol, la brigade Chabert en tête. La brigade Dupré se porte sur la gauche contre les gardes wallones et les ordenes militares, Dupré est blessé mortellement.
Mouvement de la brigade Pannetier, la garde de Paris et la troisième légion, vers le Petit-Zumancar en opposition à la droite espagnole.
10 h. 30. Seconde charge des dragons et cuirassiers de la brigade Privé pour prendre le Cerrajon. Les régiments Farnesio et Bourbon chargent au centre la brigade Chabert qui mène l’attaque française.
Les cuirassiers, descendus du Cerrajon, chargent les régiments Farnesio et Bourbon et prennent la batterie du centre espagnol.
11 h. Les dragons de la brigade Privé rejoignent Pannetier et chargent l’aile droite espagnol.
11 h. 30. Repli des troupes françaises.
12 h. Dupont prépare une dernière attaque du centre espagnol menée par les marins de la garde. La brigade suisse se place en soutien à droite des marins et la troisième légion à gauche. La garde de Paris appuie l’attaque, les restes de la brigade Dupré encadrent le dispositif.
12 h. 30. Désertion des régiments suisses de Preux et Reding; sur mille trois cents hommes, seuls cent soixante dix environ restent sous les drapeaux.
13 h. après ce dernier échec, Dupont envisage une capitulation. Moins de deux mille hommes restent en ligne.
Bibliographie
De multiples études existent sur le déroulement de la campagne d’Andalousie, les plus nombreuses doivent l’essentiel de leur information à l’excellent livre que le colonel Eugène Titeux a consacré au général Dupont:
Le général Dupont. Une erreur historique. Puteaux-sur-Seine, Prieur et Dubois, 1903, 3 vol. in-4°.
Bien qu’ayant comme principal objectif de justifier Dupont, Titeux réalise un très précis recensement des pièces et événements de la campagne. Le second volume est consacré intégralement à cette période, le troisième consacre de longs chapitres aux différentes phases du procès et à la correspondance du général avec ses anciens subalternes sous la Restauration.
Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à ces volumes où il trouvera des extraits des témoignages des généraux Barbou, Privé, Reding et Castanos, ceux de nombreux officiers, ainsi qu’une bibliographie analytique des pièces officielles et privées. Cependant par l’excès même de sa richesse, le livre de Titeux est d’un maniement difficile en l’absence de tout index ou classement des sources citées.
Nous donnons donc ci-dessous des éléments bibliographiques complémentaires de ceux fournis par Titeux:
Études sur la campagne
Aymes (J.-R.) : La guerre d'indépendance espagnole, Paris-Bruxelles-Montréal, 1973.
Bages (commandant) : Étude sur les guerres d'Espagne, Paris, I (1906), II (1907).
Baylen 1808. in Les Grandes batailles de l’Histoire, N° 28. Socomer, 1994. Excellent résumé de la campagne et des combats.
Beler (Guy de): Baylen. Berger-Levrault, 1955. N’apporte aucun élément nouveau sur le sujet.
Clerc (Lieutenant-Colonel): Capitulation de Baylen. 1903, 2 cartes dépliantes. Livre contemporain de celui de Titeux, offrant une bonne synthèse de la situation en 1808.
Foy (général M. S.) : Histoire de la Guerre de la Péninsule sous Napoléon, précédée d'un tableau politique et militaire des puissances belligérantes, Paris, 1827.
Geisendorf des Gouttes : Les Prisonniers de guerre sous le Premier Empire. Geôles et Pontons d'Espagne. I. L'expédition et la captivité d'Andalousie, Paris, 1932; II. Les Archipels enchanteurs et farouches, Paris, 1938.
Lomier (docteur) : Le Bataillon des marins de la garde. 1803-1815. 2e édition. Paris, 1991.
Sèze (R. de) : Baylen et la politique de Napoléon. Lyon, 1904.
J. Tranié & J.-C. Carmigniani : Napoléon. La Campagne d'Espagne, Paris, 1978.
Témoignages sur la campagne
des généraux Dupont et Vedel
La première relation de la campagne est celle qui circula en manuscrit à la prison de Marseille en 1808. Titeux affirme qu’elle a bien été écrite par Dupont, et édite à la suite de ces remarques une Relation sur la campagne d’Andalousie, de la main de Dupont, provenant des dossiers personnels du général actuellement conservés aux Archives nationales.
Cette relation est par ailleurs identique à quelques détails près à celle éditée par Beauchamp, que Titeux ne semble pas connaître:
Relation inédite de ce qui s’est passé en Andalousie, in Collection de mémoires relatifs aux révolutions d’Espagne, mis en ordre et publiés par Alphonse de Beauchamp. Paris, Michaud, 1824, 2 vol. in-8°. Réédition dans Mémoires sur la campagne d’Andalousie, Teissèdre, 1998.
En réponse à cette relation originelle, Vedel envoya au ministre de la guerre ses Observations sur la Relation de la campagne d’Andalousie, datées de Marseille, le 15 novembre 1808. Elles furent publiées d’après l’original manuscrit dans le livre de Titeux, nous les avons reproduites en tête de ce volume.
Dans les années qui suivirent, Dupont écrivit son Second compte-rendu sur la campagne d’Andalousie, que Titeux édite également dans son ouvrage. L’ensemble des textes de Dupont servit au rédacteur des Victoires & Conquêtes pour établir sa relation de la bataille de Baylen vers 1820 (tome 18, p. 138-166) ; il en reprend mot pour mot certains passages.
Vedel répondit aussitôt par différentes lettres insérées dans les journaux. En 1823, il publie son Précis des opérations militaires en Espagne pendant les mois de juin et de Juillet 1808 avant la capitulation du général en chef Dupont à Baylen, espérant clore enfin le débat.
Cet ouvrage, qu’il reconnaît être inspiré par la lecture des Victoires & Conquêtes est donc, sans qu’il s’en doute apparemment, une réponse aux relations de Dupont. Vedel y reprend de nombreux arguments présents dans ses Observations, en les enrichissant et en les complétant par des pièces du procès des " capitulés de Baylen ". Nous reproduisons le Précis de Vedel à la suite des Observations.
L’année suivante paraissent les livres de Beauchamp que nous avons déjà cités à propos de Dupont. À l’inverse de la relation de Dupont dont nous avons rappelé l’origine, celle qui y est attribuée à Vedel est sans nul doute apocryphe. En effet les Mémoires militaires sur la campagne de 1808 en Andalousie, publiés par Beauchamp ne recoupent qu’en très peu d’endroits le Précis de Vedel. On sait pourtant par ses textes que Vedel s’inspire toujours de ses écrits antérieurs et ne tient la plume que pour répondre à ce qu’il considère comme une accusation à son encontre. Or ce texte ne reprend aucun passage des observations écrites au lazaret de Marseille. Vedel lui-même n’en fait pas état dans sa correspondance citée par Titeux. N’ayant de plus jamais cherché à dissimuler son identité et ayant un style d’écriture fort personnel, Vedel ne peut être l’auteur du texte édité par Beauchamp.
Ce texte plus que douteux a été réédité dans les Mémoires sur la campagne d’Andalousie, Paris, Teissèdre, 1998.
Pour conclure, Dupont fit publier en 1823 la Lettre sur l’Espagne en 1808, à M. le comte D… et en 1827 les Observations sur l’histoire de France par M. l’abbé de Montgaillard.
Les griefs réciproques
Cette profusion d’écrits qui ont pour principal objectif de renvoyer face à face Dupont et Vedel, sont au demeurant très semblables dans la relation des événements de la période précédant et suivant la bataille de Baylen.
Les contradictions naissent plus d’une interprétation des ordres échangés que d’un réel désaccord sur les faits eux-mêmes. Nous présentons ci-dessous les points de litige tels qu’on peut les résumer d’après les écrits des principaux auteurs et acteurs:
Journée du 16 juillet
Menacé à Andujar par l’armée de Castanos, Dupont demande à Vedel de lui envoyer "un bataillon ou une brigade" s’il dispose de forces suffisantes pour garder le passage du bac de Mengibar.
Vedel estime devoir rejoindre Dupont avec l’ensemble de ses troupes et laisse le détachement de Ligier-Bélair, renforcé d’un bataillon, face à Mengibar. La division Dufour est à Baylen.
Vedel s’en explique en arguant que l’attaque contre Gobert du 17 juillet n’était pas prévisible puisque l’ennemi n’avait montré jusqu’ici sur ce point que trois mille hommes sans artillerie.
On peut ajouter que si l’attaque d’Andujar des 15 et 16 juillet avait été le fait des trente mille hommes de Castanos, Dupont seul, avec au mieux neuf mille hommes, n’aurait pu y résister.
D’ailleurs, Vedel dispose de moins de trois mille hommes puisqu’il en laisse mille cinq cents au bac de Mengibar, soit l’effectif d’une petite brigade.
Journée du 17 juillet
Vedel revient à Baylen et suit la division Dufour (ex Gobert) vers La Caroline. Dupont lui reproche de ne pas avoir respecté ses ordres de tenir le carrefour de Baylen. Outre le fait qu’un risque réel de rupture de la ligne de repli par les gorges existait alors, on remarquera que Dupont avait dû prévoir d’amorcer son repli le 17, maintenant ainsi un écart d’une marche entre chacune de ses divisions conformément aux usages des armées napoléoniennes. D’autre part, le général Dufour, pourtant le premier à avoir abandonner son poste sans même laisser de garnison à Baylen ou au bac de Mengibar, n’est pas incriminé dans les relations ni même durant le procès.
Journée du 18 juillet
Vedel reste à La Caroline, " perdant " ainsi une journée au lieu de revenir à Baylen. Cette manière de présenter l’arrêt de Vedel à La Caroline ne rend pas compte de différents facteurs. En premier lieu, Vedel croit de façon fort logique que Dupont a déjà atteint Baylen. En second lieu, le problème du ravitaillement des troupes, crucial en Andalousie comme l’évoque si bien Montgardé à de nombreuses reprises, nécessite de longs arrêts. Pour finir, la réorganisation de la surveillance des gorges de la Sierra-Morena ainsi que les incertitudes sur les positions ennemies obligent Vedel à envoyer reconnaissances et détachements de droite et de gauche.
Pour sa part, Dupont a dû remettre au 18 son départ d’Andujar. Incertain lui aussi sur les marches ennemies et encombré de blessés et de malades, il organise son repli pendant cette journée.
Journée du 19 juillet
Vedel revient vers Baylen mais n’y arrive que vers 3 heures de l’après-midi quand l’armistice entre Dupont et Castanos est déjà convenue. On a souvent reproché sa lenteur à Vedel, n’a-t-il pas mis presque douze heures pour franchir les vingt quatre kilomètres séparant La Caroline de Baylen ? Signalons que même s’il eût marché à trois kilomètres par heure, il ne serait arrivé à Baylen qu’à midi, soit après que Dupont eût épuisé ses dernières réserves. Dupont lui-même a mis huit heures pour franchir vingt et un kilomètres d’Andujar au pont de l’Haramblar, soit une moyenne de deux kilomètres et demi par heure comme nous l’avons dit plus haut. Qui plus est, la situation de Dupont cerné avec deux mille blessés et moins de cinq mille cinq cents hommes valides ne lui permettait pas de reprendre l’offensive.
-o-
Bien qu’il soit hors de notre propos de sacrifier à la mode qui consiste à "réécrire l’histoire", considérons un instant la situation que Dupont, suivi par trop d’historiens, nous présente comme idéalement victorieuse: Vedel et Dufour sont à Baylen le 18, empêchent Reding et Coupigny d’y pénétrer et, une fois rejoints par Dupont, se replient vers Madrid.
Or Vedel disposait de cinq mille hommes environ, sans compter les pertes du 16 à Mengibar, et Dufour d’au mieux quatre mille, dont beaucoup étaient détachés pour assurer les communications à travers la Manche. Ces soi-disant neuf mille hommes auraient dû résister une journée entière aux dix sept mille que tous les historiens concèdent aux généraux espagnols Reding et Coupigny, sans compter les corps francs. Une fois rejoints le lendemain par Dupont et son convoi, le corps au grand complet n’aurait pas pu présenterseize mille hommes valides. Les Espagnols, disposant encore des divisions Jones et La Pena, auraient pu poursuivre Dupont avec trente mille hommes.
On le voit le 2e corps d’observation n’avait en pratique aucune chance de quitter l’Andalousie. Attaqués par une armée de métier d’un effectif double du leur, les conscrits des classes 1808 et 1809 ne pouvaient que succomber. Mais sans doute paraît-il préférable à beaucoup de conspuer leurs généraux plutôt que d’accuser le haut commandement d’inconséquence. Napoléon, d’ailleurs, ne s’y est pas trompé.
Établissement des textes
Les textes de Vedel
Les Observations de Vedel proviennent de l’ouvrage d’Eugène Titeux, Le général Dupont. Une erreur historique, vol. III, pp. 181-186.
Nous reproduisons ensuite le Précis des opérations militaires en Espagne pendant les mois de juin et de Juillet 1808 avant la capitulation du général en chef Dupont à Baylen, publié par l’auteur.
Ces deux textes se recoupent pour une large part, or l’un fut écrit dès 1808, au lazaret de Marseille, l’autre publié en 1823. Vedel s’inspire de ses observations de 1808 parfois mot pour mot et les complète de pièces annexes pour composer son Précis.
Vedel écrit semble-t-il de manière compulsive dès lors qu’il se sent menacé ou accusé d’être responsable de la capitulation d’Andujar. Ces écrits répondent systématiquement à toute nouvelle publication comme le montre ses articles de journaux parus en mai 1820 ou sa lettre du 30 juin 1847 parue dans la Revue de l’Empire. Dans une lettre écrite par la veuve du général Dupont (cité par Titeux, tome III, p. 647-648), celle-ci stigmatise cette attitude: "Je me vois réduite à penser que cela vous a paru un mode de défense séduisant et facile que d’affirmer que vous avez réduit votre adversaire au silence quand la mort ne lui permet plus un démenti." Ne se voulant ni historien ni homme de lettres, Vedel reste polémiste. Il travaille à se justifier et non pour faire œuvre littéraire, son style peut en souffrir. Sa pensée s’arrête aux détails des opérations qui lui sont connues et dont la critique s’est emparée.
Chevillard, Demanche, Montgardé
Les Souvenirs d’Espagne, de Jean-Baptiste Chevillard, ont été publiés dans la Revue de Paris en 1906, pages 449 à 475 et 766 à 775. Le dossier Chevillard conservé au S.H.A.T. contient une lettre de l’éditeur, M. Roger Cosson, alors attaché à l’ambassade de France à Berlin. Les souvenirs ayant été écrits à Weissemburg, on peut supposer qu’ils ont été découverts et sont peut-être encore conservés dans les archives allemandes.
La Relation de ma captivité en Espagne en 1808-1809 et 1810, de Louis Demanche, a été publiée dans le Carnet de la Sabretache en 1926, pages 101-112, 161-176 et 237-249. Une seconde édition est présentée par Georges Demanche à la fin du volume intitulé Trois soldats de Napoléon. Les trois Demanche (Paris, Spes, 1930, in-16, 180 p.) sous le titre de Relation de captivité sur les pontons espagnols.
Mes souvenirs sur Baylen, d’Henry de Montgardé, ont été publiés dans la revue Feuilles d’histoire en 1911, pages 531-542. Titeux en reprend certains éléments dans sa relation de la bataille de Baylen et indique que le manuscrit est conservé aux Archives nationales dans le dossier Dupont sous le titre original de Notes inédites du baron de Montgardé sur la campagne d’Andalousie.
Autres relations de la campagne
Les Archives nationales possèdent, sous les références BB30-97 à BB30-101, le dossier Dupont sur l’affaire de Baylen, originellement conservé aux Archives de la Justice.
De nombreux témoignages sur Baylen, ont été édités, nous en donnons ci-dessous un aperçu non exhaustif :
Baste (Pierre) : Les textes réunis par Beauchamp (op. cit.) sont souvent douteux comme le prouve la relation attribuée à Pierre Baste: Mémoires du capitaine de frégate Pierre Baste, rééditée dans les Mémoires sur la campagne d’Andalousie (Teissèdre, 1998). Titeux consacre une longue étude à montrer les incohérences de ce texte, et reprend l’hypothèse d’un démarquage du témoignage du commandant Vantal de Carrère, publié en 1823.
Caffarelli (Marie-Auguste, comte de, 1766-1849) : L’affaire de Baylen (1808) - Notes du général Auguste de Caffarelli. in le Carnet Historique et Littéraire, 1900, t. VI, pp. 522-535.
Delroeux (Martial-Joseph, 1785-1855) : Souvenirs inédits d’un caporal (publiés en annexe de Théo Fleischmann, L’épopée impériale racontée par la Grande Armée. Paris, Perrin, 1964, p p. 441-525).
Dufour (François-Bertrand, 1765-1832) : Extraits des mémoires inédits du général Dufour, in la Revue napoléonienne, 1908, pp. 3-15. Récit de la capitulation de Baylen accablant pour Dupont que Titeux s’est attaché à contester.
Eslon (colonel d’) : La capitulation de Baylen d’après le journal du colonel d’Eslon, reproduit par P. Metzger. Paris, Lavauzelle, 1909, in-8°, 44 p.
Flamen d’Assigny : Souvenirs d’un prisonnier de guerre. in le Carnet Historique et Littéraire, 1900, t. VI, pp. 354-364. Fortement inspiré par la lecture des teinturiers et mal informé par exemple sur le rôle de Baste.
Garneray (Louis) : Mes pontons. Souvenirs de neuf ans de captivité. Paris, Schill, 1851, 2 vol. in-8°. Nombreuses rééditions.
Girardin (Stanislas-Cécile comte de, 1762-1827) : À la cour du Roi Joseph. Paris, Savine, in-8°, 189 p. réédition de Mémoires, journal et souvenirs de S. de Girardin. Paris, Montardier, 1829, 2 vol. in-8°. Intéressant témoignage sur le coup de tonnerre de la capitulation à Madrid (p. 70-74), et le retour de Villoutreys à Madrid.
Godoy (Manuel) : Mémoires du Prince de la Paix. trad. Esménard. 4 vols., Paris, 1836.
Grivel (Jean) : Mémoires du vice-amiral baron Grivel. Plon, 1914, p. 150-224. Marin de la garde, Grivel commande à l’arrière-garde pendant la bataille de Baylen, emprisonné sur la Vieille-Castille, il s’en échappe le 22 février 1810.
Mémoires d’un officier français prisonnier en Espagne, par un officier de la garde royale. Paris, Boulland, 1823, in-8°, X-340 p. Texte de Vantal de Carrère, attribué à Méry dans sa seconde édition.
Molin (Jean-Baptiste-Louis, 1789-?) : Souvenirs de Cabrera (1808-1810), in le Carnet de la Sabretache, 1935, pp. 218-232, 288-302, 408-422, 485-496.
Muralt (R. K. Amédée) : Les conséquences de la capitulation de Baylen (1808-1810), in la Revue rétrospective, 1890, pp. 337-357.
Quantin (Joseph) : Un tour en Espagne de 1807 à 1809 ou mémoires d’un soldat fait prisonnier à la bataille de Baylen avec quelques détails sur cette journée malheureuse. Paris, Brianchon, 1820, 2 vol. in-12.
Robatel (Louis, 1788-1877) : Mémoires de Louis Robatel, officier valaisan au service d’Espagne puis de la France. publiés par André Donnet. Martigny, Pillet, s.d., in-8°, 294 p.
Sallmard de Peyrins (Charles de, 1783-1858) : Combats et colères d’un dragon. Nice, Serre, 1983, in-8°, 390 p.
Savary (Anne-Jean-Marie-René, duc de Rovigo, 1774-1833) : Mémoires du duc de Rovigo. Édition nouvelle refondue et annotée par Désiré Lacroix. Paris, Garnier, 1900, 5 vol. in-18.
Savary reconnaît avoir envoyé M. de Fénelon, son aide de camp, avec une lettre pour Dupont lui exposant la situation des troupes françaises. Celui-ci fut capturé dans la Sierra-Morena et la lettre remise à Castanos pendant les négociations de la capitulation. Cependant cette fameuse lettre ne semble exister nulle part. (Savary, tome II, p. 407 à 430). Intéressants renseignement également sur les errements de Villoutreys.
Souvenirs d’un prisonnier de Baylen. in la Revue rétrospective, nouvelle série, tome XII, pp. 337-360.
Les Suites d’une capitulation. Relation des captifs de Baylen et de la glorieuse retraite du 116e régiment. Extraits choisis par Lorédan Larchey. Paris, 1884, in-8°, XXXII-232 p. Extraits des mémoires de Treille, Daubon, Ducor, Lardier, Wagré, Vantal… travail de teinturier.
Wagré (Louis-Joseph) : Les prisonniers de Cabrera. Souvenirs d’un caporal de grenadiers (1808-1809), publiés par le comte Fleury. Paris, Émile-Paul, 1902, in-18, VII-295 p. Autres éditions.
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