Espagne et Portugal (1808-1814)
Voir la carte
La guerre d’Espagne, commencée par véritable guet-apens (entrevue de Bayonne, 5 mai 1808), inaugure pour l’Empire l’ère des revers. Napoléon n’a conduit personnellement qu’une campagne en Espagne. Irrité de son impuissance dans cette guerre sauvage et étrange que les victoires ne terminent pas, il l’a laissée à ses lieutenants, leur donnant des ordres capricieux ou contradictoires, les disgraciant injustement. Il faut tenir compte encore des secrètes ambitions et des bruyantes rivalités de ceux-ci, de la faiblesse aussi de Joseph, épouvanté de régner sur un pays où, comme il le disait, « il faudrait cent mille échafauds pour se maintenir sur le trône ». Enfin, la nature du pays, le patriotisme fanatique des Espagnols, la science militaire, l’audace réfléchie, la ténacité de Wellington achèvent d’expliquer nos revers.
Campagne de 1808
Bessière a ouvert à Joseph la route de Madrid par la victoire de Médina-del-Rio-Seco (14 juillet), « un nouveau Villa-Viciosa », dit Napoléon ; mais presque aussitôt, Dupont capitule avec 17 000 hommes à Baylen devant Castanos (22 juillet), et Junot à Cintra (30 août), après avoir échoué à Vimeiro contre Wellesley - le futur Wellington-. Menacé de front et en flanc, Joseph quitte Madrid ; les troupes françaises se replient derrière l’Ebre.
Napoléon arrive avec 80 000 hommes. Il a devant lui 120 000 Espagnols, Portugais et Anglais. Soult enfonce le centre -Castanos- à Burgos (10 novembre) ; Victor, la gauche -Blake- à Espinosa(11) ; Lannes, la droite -Palafox- à Tudela 23). L’Empereur s’élance sur la route de Madrid, force le défilé de Somo-Sierra (3 décembre), et ramène Joseph dans sa capitale. Soult achève cette brillante campagne en se jetant à la poursuite d’une armée anglaise qui, du Portugal, se dirigeait vers l’Ebre par la vallée du Douero. Cette armée, après une retraite héroïque et désastreuse, par un pays et un temps affreux, se rembarque à la Corogne, où son général John Moore périt en livrant une dernière bataille (11 janvier 1809).
Campagne de 1809
Mais le siège de Saragosse allait montrer de quoi était capable le peuple espagnol. Palafox s’y était réfugié avec les débris de l’armée de Tudela. Une première fois, Lefébre-Desnouettes et Verdier avaient dû s’éloigner après un assaut qui les avait rendus maîtres, seulement, de la moitié de la ville (août 1808). Le second siège, conduit par Lannes (décembre 1808-février 1809) ne laissa entre nos mains qu’une ville en ruines, où 50 000 Espagnols avaient péri.
La campagne de 1809 commence bien. Au mois de mars, les victoires de Sébastiani à Ciudad Real, de Victor à Medellin nous assurent la Manche et l’Estramadure, les provinces du centre, pendant qu’au nord Soult, partant de Galice, entame le Portugal par la prise d’Oporto. Mais Wellesley a refait son armée, il rejette Soult en Galice et pousse audacieusement sur la route de Madrid où Joseph lui livre un bataille indécise, à Talavera (17 juillet). Toutefois, il n’ose s’aventurer au delà, car Soult, Mortier, Victor, Sébastiani se rapprochent. Ce dernier est vainqueur à Almonacid (août), le premier à Ocana (novembre). Les Anglo-Espagnols sont rejetés au Portugal.
Campagne de 1810 et 1811
Ces deux campagnes, où les échecs et les succès se balancent à peu près, restent stériles pour deux raisons :
- 1° le plan d’opérations est trop vaste et nos forces sont trop dispersées : l’objectif unique de nos efforts aurait dû être le Tage inférieur où la présence de Wellington constituait le suprême danger. Mais on voulut conquérir l’Andalousie, parce qu’on comptait y trouver de grandes ressources, et le littoral méditerranéen - Catalogne, Valence.
- 2°, les armées françaises opèrent isolément. Soult, avec le titre de major-général, exerce un commandement sans contrôle en Andalousie, il avait déjà dans la campagne précédente, songé à se tailler un royaume en Portugal. Suchet fait de même dans le bassin de l’Ebre. Les lieutenants n’obéissent pas aux généraux en chef. Drouet, Ney, Reynier, Junot vis à vis de Masséna.
C’est ainsi qu’échoue la tentative la plus importante, celle de Masséna sur le Portugal ; après avoir pris Almeida et Coïmbre, il essaye en vain de forcer les lignes formidables de Torrès-Vedras (octobre 1810-février 1811).
Soult avait reçu l’ordre de le seconder, mais il était tout à la conquête de l’Andalousie, au siège de Cadix (1810) ; il se contentait de prendre Badajoz et ne dépassait pas la Guadiana. Suchet faisait à l’est une belle campagne - prise de Lérida, Tortose, Tarragone, Sagonte, etc... (1810-1811) - qu’il terminait par la prise de Valence (janvier 1812), mais qui influait peu sur l’ensemble des opérations.
Campagnes de 1812 et 1813
Ce sont en Espagne comme ailleurs, les années de revers décisifs et de marche en arrière. Au début, en 1812, Napoléon donne le commandement en chef des armées d’Espagne à Joseph, avec le maréchal Jourdan comme major-général. Mais il n’y a guère plus d’unité dans les opérations. Wellington, qui s’était emparé de Ciudad-Rodrigo et de Badajoz (janvier-mars), inflige auprès de Salamanque, aux Arapiles, une défaite complète à Marmont (22 juillet). Il allait désormais, en menaçant les communications des Français avec les Pyrénées, les forcer à se replier contre cette chaîne, puis les rejeter au delà.
Le retrait d’une partie des troupes françaises pour la campagne d’Allemagne favorisa ce plan de Wellington. A la fin de 1812, il avait échoué au siège de Burgos ; mais le 21 juin 1813, il bat Joseph à Vittoria, le noeud des routes pyrénéennes. Soult, mis à la tête de notre armée, dirige dès lors la retraite : capitulation de Pampelune (février 1813), défaite d’Orthez (janvier 1814), retraite sur Mont-de-Marsan, puis sur Toulouse. Le 10 avril, se livre la bataille de Toulouse.
|