Leipzig (16-19 octobre 1813)
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Napoléon, menacé d’être débordé à Dresde et apprenant - 14 octobre - la défection des Bavarois qui découvrent les frontières de la France, de Huningue à Mayence, se décide à ordonner la concentration de toute l’armée française à Leipzig. De cette position centrale, il espère pouvoir empêcher la jonction des deux grandes armées ennemies et battre séparément ses adversaires qui, à ses 190 000 hommes, en peuvent opposer plus de 300 000. En effet, Bernadotte et Blücher, ayant réuni leurs troupes, ont passé l’Elbe à Wittenberg et occupent la région au nord de Leipzig ; Schwartzenberg, arrivant de Bohème sur Chemnitz, marche droit vers Leipzig et détache sur la rive gauche de l’Elster, le corps de Giulay qui cherche à atteindre Lindenau, seule route de retraite des Français. Le plan des alliés consiste à cerner complètement l’armée française en l’acculant des Leipzig. La bataille commence le 16. Napoléon, pour masquer l’infériorité de son infanterie, la fait placer sur deux rangs.
L’armée de Bohème entame l’action vers le sud. Napoléon, sur le plateau de Wachau, avec les corps de Victor, Lauriston, Macdonald, Murat et la garde (1), repousse tous les efforts de Schwartzenberg, pendant que Marmont, au nord, vers Mökern, contient l’armée de Blücher, et que Margaron défend notre ligne de retraite à Lindenau.
Pendant cette journée, les Français, malgré leur infériorité, conservent leurs positions, sauf au nord, où Marmont avait rétrogradé derrière la Partha.
La journée du 17 s’écoule sans combat ; mais Napoléon, sentant la nécessité de la retraite, resserre ses corps autour de Leipzig et les dispose en demi-cercle de façon à couvrir sa ligne de retraite par le pont de Lindenau.
Le 18, les coalisés, renforcés de l’armée de Bernadotte, prennent l’offensive. L’armée de Bohème s’avance en trois colonnes du côté du sud, pendant que Blücher et Bernadotte nous attaquent par le nord. Malgré leur infériorité - 165 000 contre 300.000 - nos soldats se défendent héroïquement sur les lignes de Probsteida-Stotterits que les attaques réitérées des Autrichiens ne peuvent entamer. Mais tout à coup la défection des Saxons des Wurtembergeois fait dans nos lignes une dangereuse trouée. Pourtant nous réussissons encore à conserver nos positions. Cette journée terrible se termine par un feu d’artillerie auquel prirent part à la fin de la journée plus de 2 000 pièces de canon : 40 000 français et 60 000 alliés jonchaient la plaine. Ce fut la bataille des nations, car elles étaient toutes représentées autour de Leipzig ; et surtout ce fut la revanche des nationalités.
Le 19, Napoléon se décide enfin à la retraite ; profitant de la nuit, tous les corps se retirent de Leipzig pour franchir l’unique pont de Lindenau, gardé par Bertrand. Au jour, les alliés cernent Leipzig. Regnier, Poniatowski, Macdonald résistent pied à pied. Mais la destruction hâtive (2) du pont de Lindenau cause la perte de 30 000 français. Macdonald s’échappe à la nage, Poniatowski se noie dans l’Elster.
Dans ces fatales journées de Leipzig, plus de 130 000 hommes restèrent sur le champ de bataille, dont à peu près 50 000 français.
- 1- Le massacre avait été effrayant dans l’étroit espace compris entre Lieberwolkowitz, Gossa et Wachau ; là étaient détenus plus de 40 000 morts et blessés.
- 2- Un caporal du génie chargé de la mine, entendant des fuyards, affolés par la vue de quelques tirailleurs ennemis, crier de toutes parts : « Faites sauter le pont ! » crut à un ordre et mit le feu.
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