OPERATIONS AUTOUR D’ULM (1800-1805)
Carte
Ulm, sur le Danube, au point de convergence des routes de la Forêt-Noire, et par suite du Rhin supérieur et moyen et du Main, est une position offensive et défensive de premier ordre. Elle a été l’objet de deux belles opérations : Moreau en 1800 l’a tourné par le sud, Napoléon en 1805 par le nord.
I - Opérations de Moreau (1800)
De son camp retranché d’Ulm, le général autrichien Kray avec 150 000 hommes observait tous les défilés de la Forêt-Noire. Moreau, qui avait 130 000 hommes sous ses ordres, l’entretint dans son erreur en portant 20 000 hommes, sous le général Sainte-Suzanne, à l’entrée du Val d’Enfer ; en même temps il jeta le gros de ses forces avec Saint-Cyr et Lecourbe, par Bâle et Schaffouse, au nord du lac de Constance (fin avril 1800). Il gagna alors obliquement le Danube, livrant une série de combats aux corps autrichiens à mesure qu’ils entraient en ligne à Engen, Stokach, Moeskirch, Biberach, Memmingen (mai).
Après quelques jours de repos, il force à Hochstedt le passage du Danube (19 juin), remporte encore un avantage à Neubourg et à Oberhausen - où périt la Tour d’Auvergne, le premier grenadier de France, et arrive à Munich (3 juillet).
Il avait ainsi isolé Kray, rendu inutile la formidable position d’Ulm, occupé toute la Bavière, et permis à Bonaparte d’exécuter la campagne d’Italie terminée par l’éclatante victoire de Marengo. L’armistice de Parsdorf confirme ces résultats (15 juillet). Moreau devait le rompre cinq mois après pour marcher sur Vienne et remporter la victoire d’Hohenlinden.
II - Opérations de Bonaparte (1805).
La campagne d’Ulm en 1805 est une opération de même nature, exécutée par un génie tout différent. Comme Kray en 1800, Mack en 1805 avait pris Ulm pour quartier général ; comme lui, il fut trompé par des mouvements exécutés entre Strasbourg et la Forêt-Noire ; comme lui enfin, il fut tourné, mais sur sa droite, par les routes du Main au Danube.
La Grande-Armée, constituée en 7 corps, se met en mouvement à la fin d’août. Le 1er CORPS (Bernadotte), qui occupe le Hanovre, se dirige sur Würzbourg où il doit se réunir aux Bavarois. Le 2e CORPS (Marmont), venant de Hollande, doit remonter le Rhin jusqu’à Mayence et, de là, se diriger aussi sur Würzbourg. Le 3e CORPS (Davout), le 4e (Soult), le 5e (Lannes), le 6e (Ney), partent des camps d’Ambleteuse, Vimereux ; Montreuil, pour border le Rhein de Mannheim à Strasbourg.
Le 7e CORPS (Augereau), venant de Brest, doit se rendre à Strasbourg pour servir de réserve, avec la Garde. La plus grande partie de la cavalerie (22 000 hommes), sous les ordres de Murat, doit se concentrer près de Strasbourg. Le 15 septembre, tous les corps sont en position : cette immense conversion, dont le détail avait été réglé avec une sûreté extraordinaire, avait été exécutée avec une précision non moins admirable.
Pour fortifier les Autrichiens dans la pensée d’une attaque par la Forêt-Noire, l’empereur montre des têtes de colonne à tous les débouchés : Mack, hypnotisé par ces démonstrations, ne bouge pas d’Ulm, permettant ainsi à la Grande-Armée d’arriver sur le Danube, à Donauwerth (6 octobre). Ainsi l’ennemi qu’il croyait encore devant lui était sur ses derrières et le coupait de la route de Vienne.
Lorsque les combats de Wertingen et de Günzbourg lui révélèrent le péril, il chercha vainement à opérer sa retraite. Soult était à Augsbourg, Bernadotte à Munich. Murat et Ney remontaient le Danube vers Ulm. Il veut fuir au sud, à l’est, au nord ; il est arrêté par les combats de Memmingen, d’Elchingen, de Nereshein, de Nordlingen (12-18 octobre). Le « malheureux Mack » (c’est ainsi qu’il se désigne) semble avoir perdu la tête. Il capitule le 20 octobre avec les débris de son armée, 33 000 hommes, 40 drapeaux et 60 canons. Il n’y avait pas un mois que le Rhin avait été franchi. « L’empereur, disaient nos soldats, a battu l’ennemi avec nos jambes ».
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