Première Coalition (1792-1797)
3ème Partie : Bassin du Pô - 1796-1797
Carte
I. LA LUTTE CONTRE L’AUTRICHE
Les traités de Bâle avaient dissous la prelière coalition (1795). Mais la Convention léguait au Directoire le soin de poursuivre la lutte contre les deux ennemis irréductibles, l’Angleterre et l’Autriche (avec son allié le Piémont). Contre l’Angleterre, le Directoire se borna d’abord à de vagues projets, suivis de tentatives malheureuses (expédition de Hoche en Irlande) ; contre l’Autriche, il forma un plan d’ensemble : marche sur Vienne par le Rhin et le Danube d’une part, par la vallée du Pô d’autre part. Il confia l’opération d’Italie à un jeune général de vingt-sept ans. Le génie de Bonaparte allait se révéler tout entier dans cette campagne, avec l’infinie variété de ses ressources et cette fougue de jeunesse qui déconcertait la vieille tactique autrichienne. Cette révélation foudroyante a décidé pour vingt ans des destinées de la France et de l’Europe.
II. LA CAMPAGNE
Elle comprend trois séries d’opérations.
1) En Ligurie et en Piémont : Les opérations, contre les Austro-Piémontais de Beaulieu et de Colli, sont commencées dans le bassin supérieur du Tanaro (du 11 au 28 avril 1796) ; après la neutralité imposée au Piémont par l’armistice de Cherasco, Bonaparte tourne Beaulieu, en passant le Pô à Plaisance, l’atteint à Lodi et à Borghetto, le rejette dans le Tyrol et occupe la Lombardie;
2) Autour de Mantoue : Ce sont les opérations du fameux quadrilatère, Mantoue, Peschiera, Vérone, Legnago ; elles sont poursuivies successivement contre deux armées autrichiennes commandées par Wurmser, et deux autres commandées par Alvinzi, savoir :
a - Après avoir levé le blocus de Mantoue, Bonaparte porte toutes ses forces réunies contre les colonnes isolées de Wurmser et de ses lieutenants, et les bat successivement au sud-ouest du lac de Garde, à Salo, à Lonato (deux fois), à Castiglione (31 juillet-5 août).
b - Bonaparte opère un mouvement circulaire en remontant la vallée de l’Adige (combat de Rovedero), contre Davidowitch, en franchissant les montagnes du Trentin au col de Pergine, en redescendant la Brenta à la poursuite de Wurmser (combats de Primolano et de Bassano), en le poussant sur le bas Adige à Legnago, en le rejetant dans Mantoue (combat de Saint-Georges, 4-19 septembre).
c - Sur l’Adige moyen, contre Alvinzi, autour de Vérone, de Caldiero, d’Arcole (12-17 novembre). C’est le moment le plus critique de la campagne, le corps à corps héroïque et décisif des forces françaises et autrichiennes.
d - Sur les hauteurs entre l’Adige et le lac de Garde : Bonaparte se porte, avec Masséna. de Vérone, au secours de Joubert attaqué par les forces supérieures d’Alvinzi ; il remporte une victoire complète au plateau de Rivoli (14 janvier 1797) ; puis il repart avec Masséna ; il bat aux portes de Mantoue, à la Favorite, Provera, lieutenant d’Alvinzi, qui avait forcé l’Adige à Vérone (16 janvier) et le rejette dans la ville. Mantoue capitule (2 février).
3) A travers les Alpes, sur la route de Vienne. Après avoir battu « les deux armées sans généraux », Bonaparte va vaincre le « général sans armée », l’archiduc Charles. Aidé de Masséna, il le pousse de la Piave sur l’Isonzo, sur le Tagliamento, le bat au col de Tarvis, le poursuit sur la Piave, la Drave, le bat encore à Neumark près de la Mühr, après avoir rallié Joubert, venu par le Tyrol. Il n’y avait plus entre lui et Vienne qu’un obstacle naturel, le col de Semering (15 mars - 18 avril), l’Autriche signe les préliminaires de Léoben.
III. LES NEGOCIATIONS
Ces opérations sont entremêlées de négociations et de créations, où le général victorieux agit déjà en souverain. Sans l’aveu du Directoire, et souvent au mépris de ses instructions, Bonaparte traite avec le Piémont, avec les ducs de parme, de Modène, de Toscane, avec le Pape (traité de Tolentino, février 1797). Il impose aux princes effrayés et au pays occupé des contributions en argent et des rançons en objets d’art. Il organise, en véritable proconsul italien, la République cisalpine et, après une révolte de Gênes, la République ligurienne. Il étend, de sa propre autorité, l’armisticce de Léoben à toutes les armées engagées et arrête ainsi la marche victorieuse de Hoche en Allemagne. Enfin, il prend prétexte du massacre des soldats français à Vérone (Pâques véronaises - 17 avril) pour renverser l’antique République de Venise ; et, après avoir promis aux Vénitiens leur liberte, sous un régime démocratique, il les livre secrétement à l’Autriche par des manoeuvres d’une insigne perfidie.
Le traité de Campo-Formio (17 octobre) dicté par lui est très brillant pour la France qui reste maitresse des Pays-Bas autrichiens, de la rive gauche du Rhin et des îles Ioniennes, protectrice de deux nouvelles républiques. Mais la livraison de Venise aux Autrichiens annonce déjà le mépris du droit et les boulversements territoriaux qui caractériseront la politique napoléonienne.
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