Sixième coalition (Europe Centrale)
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LA COALITION
La sixième coalition ne ressemble pas aux précédentes, oeuvres de la diplomatie, formées à l’instigation de l’Angleterre : celle-ci est le résultat d’un grand soulèvement national, d’un mouvement spontané de revanche, fruit du grand travail de reconstitution militaire, politique, social, moral de l’Allemagne, depuis Tilsitt. Alexandre hésite à poursuivre sa victoire, Frédéric-Guillaume III tremble à l’idée de recommencer la lutte. Mais l’ardeur du peuple allemand entraîne le premier, fait violence au second. Le général Prussien York (qui formait l’extrême gauche des forces françaises) capitule à Taurogen avec son corps d’armée (décembre 1812). La province de Prusse se décide à signer avec le tsar une convention (février 1813) et lance son « appel à mon peuple », auquel répond la proclamation enflammée de Wittgenstein.
L’Autriche, sous l’inspiration de Metternich, dessine un mouvement savant et perfide : elle passe de notre alliance à la neutralité armée, et, en attendant d’entrer dans la lutte, elle prépare sous main la défection des petits Etats allemands - Ce n’est qu’un peu plus tard que l’Angleterre s’adjoint, par le traité de Reichenbach (juin), à la coalition.
Napoléon aurait peut-être pu dissoudre l’alliance formée contre lui par des concessions aux souverains ou au patriotisme allemand soulevé contre sa domination. Mais il ne voyait pas clair dans l’âme des peuples. Ils crut qu’il aurait raison de cette coalition comme des autres. Il se hâta de refaire une Grande-Armée, appels anticipés des classes de 1813 et de 1814, rappel de tous les libérés et rachetés, mobilisation de 100 000 hommes des cohortes de la garde nationale, formation de 10 000 gardes d’honneur, force étrange où l’ardeur patriotique des jeunes recrues (les Marie-Louise) s’alliât à l’endurance des vieux grognards ; mais on n’avait pas pu reconstituer une cavalerie suffisante, ce qui allait rendre les victoires stériles et les défaites irréparables.
La campagne comprend deux groupes d’opérations, celles du printemps (Lutzen-Bautzen) celles d’automne (Dresde, Leipzig), séparés par un armistice et de vaines négociations.
CAMPAGNE DU PRINTEMPS (Avril - Mai)
Napoléon se porte sur la Saale avec 110 000 hommes (les corps de Ney, Marmont, Bertrand, Oudinot ; la garde sous Bessière, Soult, Mortier). Il prend contact à Mersebourg avec Eugène qui a ramené de Russie 60 000 hommes. L’Empereur dirigeait ses forces de la Saale sur l’Elbe, à travers cette plaine de l’Elster, illustre depuis trois siècles par tant de luttes mémorables. Ney lui en ouvrit l’accès en passant la Saale à Weissenfels (29 avril), et en forçant les défilés de Rippach, où Bessières fut tué (1er mars). Le 2 mai, près de 200 000 hommes sont aux prises autour de Lutzen.
- Lutzen. Napoléon se portait en hâte d’Erfurth sur Leipzig : Macdonald et Eugène touchaient déjà à l’Elster ; Marmont et Bertrand s’avançaient de la Saale vers Poserna. Ney reliait ces deux masses par les positions de Lutzen, Kaja, Gross-Görsche. De leur côté, les alliés, un peu plus au sud, se dirigeaient, sou Wittgenstein et Brücher, de Dresde sur Iéna. Il s’arrêtent pour fondre sur Ney, un peu isolé, et assaillent furieusement Kaja, Gross-Görschen, Rhama. Mais l’Empereur averti par la violente canonnade, ramène la jeune garde au secours de Ney : et pendant que les Marie-Louise « ces enfants sont des héros », reprennent ces villages en flammes et s’y maintiennent, Napoléon a rappelé Eugène et Macdonald qu’il jette sur la droite des ennemis, Marmont et Bertrand qui débordent leur gauche. Le champ de bataille sous reste, avec 20 000 hommes tués ou blessés de chaque armée. Mais le manque de cavalerie ne nous permet pas de changer en déroute la retraite des Prussiens et des Russes.
Wittgenstein et Blücher s’étaient retirés sur la Sprée : Napoléon les bat à Bautzen (20-21 mai).
NEGOCIATIONS
Le 4 juin, est signé l’armistice de Pleswitz. Napoléon et Metternich cherchent à tromper l’opinion et à se duper réciproquement : le premier cherche à gagner du temps pour reconstituer sa cavalerie ; le second compte que les exigences de l’empereur fourniront un prétexte à l’Autriche d’entrer dans la coalition. C’est dans ce but qu’il vient à Dresde (28 juin) et, dans une discussion de huit heures, exaspère l’orgueil de Napoléon en jouant la comédie de la modération à l’humanité. On convient cependant de la réunion d’un Congrès à Prague (juillet), où la comédie recommence. Metternich éternisant la question de forme, Napoléon ne donnant pas de pouvoirs à son représentant Caulaincourt. Les négociations rompues (10 août), l’Autriche adhère à la coalition, avec 150 000 hommes, sous Schwarzenberg.
CAMPAGNE D’AUTOMNE (Aout-Octobre)
Napoléon a désormais (et jusqu’à la capitulation de Paris) à lutter contre trois armées (350 000 hommes) disposées en demi-cercle : celles de Bohème sous Schwarzenberg, de Silésie sous Blücher, du nord sous Bernadotte. Napoléon débute par un brillant succès. Il s’était d’abord avancé en Silésie contre Blücher. Apprenant que l’armée de Bohème a débouché sur ses derrières par la Mulde et menace Dresde, il revient en arrière et autour de cette ville, en deux journées, met Schwarzenberg en déroute (26-27 août). (Moreau est tué par un boulet français).
Mais les alliés, changeant de tactique, ont résolu « d’user la Grande-Armée » et de battre en détail les lieutenants de l’Empereur. L’armée de Schwarzenberg, mollement poursuivie par Murât, se reforme dans les défilés de Bohème, enveloppe le corps de Vandamme envoyé pour l’arrêter et le fait capituler à Lulm (30 août). - Sur la Katzbach, Macdonald exécute une retraite désastreuse devant Blücher (26 août).
- Oudinot et Ney sont successivement battus sur la route de Berlin à Gross-Beeren et à Dennewitz (23 août-6 sept).
C’est alors qu’un double mouvement de concentration met en présence autour de Leipzig toutes les forces françaises et alliées. (Bataille des nations - 16-19 oct.). Puis Napoléon gagne le Rihn et à Hanau, passe au travers des Bavarois qui venaient de faire défection (29 oct.). |