Les combats de Du Couédic (du 12 mars au 6 octobre 1779)
Lorsque le chevalier Du Couédic de Kergoualer prend le commandement de la frégate de 36 canons la SURVEILLANTE, il déclare que, conscient de cet honneur, son commandement serait son tombeau ou son char du triomphe. Il allait être exaucé deux fois.
Au cours de la croisière d’hiver de la flotte française, il se distingua par deux actions d’éclat :
- le 12 mars 1779 , il rencontre et coule le corsaire VIELLE ANGLETERRE ( une corvette de 18 canons ) ;
- le 19 avril 1779 , il capture le CRACHE FEU ( armé de 18 caronades de 18 livres ) . Ce dernier ne se rend qu’après avoir perdu toute son artillerie et les trois-quarts de son équipage.
Après la campagne d’hiver, les escadres ennemies ayant regagné leurs bases, seuls quelques bâtiments légers patrouillaient La Manche.
Le 4 octobre 1779, l’amirauté britannique dépêcha en observation devant Brest le capitaine de vaisseau George Farmer à bord de la frégate de 36 canons QUEBEC. Pendant ce temps Du Couédic appareillait de Brest en direction de Portsmouth. Les deux frégates étaient accompagnées chacun d’une découverte ( l’Expédition portant 10 canons de 4 livres commandée par l’enseigne de vaisseau Rocquefeuil pour les Français et le Rambler similaire au précédent commandé par le lieutenant George ). Farmer, comme Du Couédic, avait gagné ses titres en guerroyant aux Indes. Il préférait le commandement d’une frégate, plus actif à son goût, à celui un vaisseau de ligne.
Les deux frégates se rencontrèrent à 30 lieues d’Ouessant au petit matin du 6 octobre par beau temps d’Est. L’avantage du vent était pour l’Anglais.
Le combat s’engagea à 11 heure et fût d’une violence extrême, les deux adversaires faisant preuve d’une grande habileté. Les deux découvertes s’affrontèrent, imitant leurs commandants. La SURVEILLANTE et le QUEBEC se démâtèrent l’une et l’autre et les deux capitaines blessés gravement tous les deux exhortaient leurs équipages au combat. Farmer, un bras arraché, tenait bon. Du Couédic, deux fois touché à la tête et maintenant blessé au ventre, ordonna à ses hommes de se lancer à l’abordage. Mais le feu s’était déclaré sur le QUEBEC qui se mît à flamber de toute part.
Aussitôt, le combat s’arrêta et l’on vît les adversaires se tendre la main pour sauver ce qui pouvait encore l’être. L’équipage anglais fut recueilli sur la SURVEILLANTE et sur les deux découvertes. Quelques secondes après le dégagement de la frégate française, les canons de du QUEBEC explosèrent ravageant le pont de la SURVEILLANTE.
Farmer périt avec son navire refusant de lui survivre. C’était une perte cruelle pour la Royal Navy car Nelson et Troubridge avaient servi sous ses ordres et « le maître valait bien ses disciples ». Le retour de Du Couédic à Brest fût triomphal et aussi bien les vainqueurs que leurs prisonniers furent célébrés. Louis XVI, d’ailleur, refusa de considérer les Anglais comme prisonniers et sitôt rétablis de leurs blessures , comblés de prévenances embarquèrent sous pavillon neutre pour l’Angleterre .
Du Couédic, hélas, ne devait pas survivre à ses blessures. Promu capitaine de vaisseau au lendemain de sa victoire il fut enterré trois mois plus tard à l’âge de quarante ans.
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